Les candidats cadres ont pu enfin pousser un grand soupir de soulagement après l’annonce de la réorganisation du concours de recrutement IAP Sonatrach, survenue le lendemain de la manifestation des chômeurs diplômés devant le siège de la wilaya de Ouargla, réclamant la révision des critères d’accès à ce concours et leur assouplissement.

Ce concours, prévu le 20 septembre dernier, a été empêché par des jeunes chômeurs qui ont organisé ce jour-là un grand rassemblement devant le lieu de l’examen. Les candidats devaient remplir un certain nombre de conditions qu’ils considèrent discriminatoires, notamment l’obligation d’avoir une moyenne égale ou supérieure à 12/20 pour l’ensemble de leur cursus universitaire et d’être âgé de moins de 35 ans.
Le wali, Abdelkader Djallaoui, avait promis d’intervenir et de revoir les règles d’accès au concours, imposées uniquement aux candidats de Ouargla. Une promesse tenue et la décision a été annoncée mardi par le nouveau chef de l’Agence de wilaya de l’emploi, Mohammed Rayek, qui nous a transmis une copie de la décision.
Les inscriptions sont ouvertes uniquement aux habitants de la wilaya de Ouargla et se dérouleront du 12 au 15 décembre à la direction régionale de l’emploi pour les habitants de Ouargla, à la direction déléguée de l’emploi de la circonscription administrative pour les daïras d’El Hadjira et El Alia, à l’annexe communale pour les candidats de Hassi Messaoud et à l’agence locale de l’emploi pour les postulants de la zone frontalière d’El Borma. Le concours aura lieu avant la fin de l’année 2018, a déclaré Mohamed Rayek à Reporters.
Abdelhak Saci Zerouki, un jeune homme de 26 ans, licencié en ingénierie mécanique et énergétique et possédant un master en physique-énergétique, est au chômage depuis trois ans. Son rêve est de trouver un poste de travail dans une société nationale à Hassi Messaoud. Ils sont 3000 (1 000 pour le comité des chômeurs) comme lui, diplômés au chômage, selon un cadre de l’emploi. Certains masters sont inscrits depuis 2011 et d’autres depuis 2008 et n’ont toujours pas trouvé d’emploi.
Suite à cette annonce, les jeunes se sont précipités sur Facebook pour exprimer leur contentement pour ce qu’ils considèrent comme une «victoire» et le résultat d’un long combat. Selon ce même responsable, ce concours est organisé par le Groupe Sonatrach pour le recrutement d’environ 500 nouveaux diplômés à Ouargla toutes spécialités confondues.

Mesures procédurales exceptionnelles
Le wali de Ouargla semble plus que jamais déterminé à résoudre, d’une manière définitive, le problème du chômage dans la wilaya de Ouargla. L’installation du nouveau chef de l’Agence de wilaya de l’emploi semble avoir été une bonne décision. Aussitôt installé, ce jeune directeur est sorti sur terrain et a fait face aux problèmes qui secouent le secteur de l’emploi, portant sur le dos un cumul de plusieurs années de mauvaise gestion et de dépassements dans les pratiques de recrutement.
Une conférence de presse a été organisée lundi. Une première pour un responsable de l’emploi au niveau local. Tous les problèmes ont été donc exposés et les décisions prises portées à la connaissance des concernés et de l’opinion publique, dans le but d’installer une certaine transparence et rétablir un climat de confiance entre les chômeurs et l’agence de l’emploi.
Afin d’apporter des solutions au problème de l’emploi et pour gérer la tension sociale qui a trop perduré, des mesures procédurales exceptionnelles et «courageuses» ont été prises par le nouveau chef de l’agence de wilaya de l’emploi aussitôt son installation à la tête de cet organisme bouillonnant et pointé du doigt. Dorénavant, la priorité dans le recrutement est accordée aux jeunes de la wilaya d’Ouargla. Des instructions ont été donc données aux antennes de l’agence de l’emploi à travers le territoire de la wilaya de n’inscrire que les chômeurs possédant une carte d’identité délivrée dans la wilaya de Ouargla uniquement. Les non-résidents à Ouargla ne peuvent bénéficier ni de l’inscription ni de l’orientation même s’ils possèdent des certificats de résidence. «Ceci dans le seul objectif de bannir le favoritisme et d’apporter plus de transparence dans les opérations de recrutement», affirme le directeur de l’Anem dans un entretien avec Reporters.

1 500 postes affichés et ce n’est que le début !
Pas moins de 1 500 postes de travail ont été affichés ces dernières 24 heures à travers les agences de l’emploi à Ouargla. Il s’agit, selon M. Rayek, de 900 postes dans des entreprises publiques, 300 postes de gardiennage et 350 autres postes divers.
Dans le cadre du contrôle du chômage et afin de connaître le nombre réel de chômeurs dans la wilaya, des opérations d’assainissement des listes d’inscrits à l’Anem ont été récemment lancées. Ceci à travers les contacts avec les entreprises et institutions de l’Etat, à savoir la Cnas, la Casnos, l’Ansej, la Cnac et le Centre de registre du commerce, en se fiant à la circulaire ministérielle du 11 mars 2013. Ceci dans le but de recenser les véritables chômeurs. «Tous les jeunes ayant bénéficié de projets, de crédits ou possédant un registre du commerce seront supprimés du système El Wassit», explique l’interlocuteur.

Imposer aux entreprises le respect de la loi
Les entreprises étrangères et de sous-traitance ne respectent pas l’instruction du 11 mars 2013 relative à la gestion de l’emploi dans les wilayas du Sud. «La pratique en matière salariale à Hassi Messaoud a révélé que les rémunérations appliquées par les sociétés de prestation de services sont discriminatoires et souvent inférieures à celles pratiquées par les entreprises contractantes pour les mêmes postes de travail, comme nous l’avons constaté sur terrain.
Ces pratiques font que les ouvriers locaux ne bénéficient parfois que d’un tiers de la prestation de service, ce qui est inacceptable, lance ce responsable.
«A l’effet de prévenir toute forme de disparité salariale, les entreprises faisant appel à des prestataires de services pour la réalisation des travaux de toute nature, sont tenues d’inclure dans les contrats une clause portant sur l’application d’une grille des rémunérations qui ne saurait être inférieure à 80% de leur grille en vigueur pour des postes similaires», selon l’instruction citée. En cas d’inexistence de postes similaires au sein de l’entreprise donneuse d’ordre, il est fait référence en matière de rémunération aux salaires versés dans la branche au niveau local, précise le même document. «Pour diminuer la pression sur les entreprises publiques et élargir le potentiel de recrutement, nous agissons en coordination avec le wali et le directeur de l’emploi de Ouargla pour l’application stricte de cette instruction, avec l’implication de l’inspection de travail, qui impose aux entreprises étrangères de payer les 80% au minimum des salaires. Si une entreprise paie 100 000 DA et une autre 20 000 DA, les jeunes vont automatiquement opter vers celle qui paye plus», explique-t-il. «Si nous réussissons à forcer les entreprises privées et étrangères à appliquer cette instruction, le problème de l’emploi va se résoudre définitivement. Cela va, d’une part, augmenter considérablement le nombre de postes créés et, d’autre part, harmoniser les salaires», a-t-il ajouté.
Un autre point a été évoqué par le chef de l’Awem de Ouargla, celui concernant la formation des jeunes chômeurs sans diplôme. La mesure à mettre en œuvre consiste à imposer aux entreprises (employeurs) de former ces jeunes puis de s’engager, selon la loi, à les recruter en fin de stage. «On a constaté que des demandeurs d’emploi, possédant le niveau secondaire, n’ont bénéficié d’aucune formation» qui leur permettrait d’acquérir un savoir-faire et une expérience professionnelle pour assumer leur mission. «Ils vont être d’abord formés puis recrutés », assure-t-il.
Les entreprises qui rejettent les candidats disposant d’un bulletin d’embauche et qui ne respectent pas les délais de recrutement, pourraient subir des sanctions pouvant aller jusqu’à la suspension du registre du commerce et la résiliation du contrat. «Le wali a donné tous les moyens pour mettre en place ces mesures et on fera tout pour faire respecter la loi et installer nos jeunes dans des postes de travail convenables et décents», conclut-il.