L’initiative lancée par Amar Ghoul, président du parti Tajamoua Amel El Jazaïr (TAJ), portant sur l’organisation d’une conférence devant aboutir à « un consensus national » entre toutes les formations politiques du pays, continue de susciter interrogations et questionnements.

Véritable pavée dans la mare politique, la proposition n’a pas manqué d’accentuer le flou qui entoure déjà la scène politique nationale à l’approche de l’élection présidentielle prévue au mois d’avril prochain.
Et c’est justement la finalité de l’initiative Ghoul, qui invite vraisemblablement les acteurs politiques à ne faire du scrutin présidentiel une obsession compte tenu, suggère-t-il, des défis que le pays doit relever.
Emanant d’Amar Ghoul, chef d’un parti politique loin de constituer un des ténors de la scène politique nationale, l’initiative n’est pas moins porteuse d’une matière à réflexion, du moins dans le contexte actuel bien que les initiatives n’ont pas manqué depuis celle du Front des forces socialistes (FFS). La profusion des initiatives n’a pas ainsi laissé indifférents observateurs et citoyens. Ce qui a fait par ailleurs dire à Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), que « trop d’initiative tue l’initiative ».
Il n’empêche, celle que lance désormais Amar Ghoul intervient à l’approche de la présidentielle, une échéance qui reste incontestablement entourée d’incertitudes.
Il n’est pas par ailleurs inutile de relever ici que le parti TAJ fait partie de l’Alliance présidentielle qu’il compose avec le Front de libération nationale (FLN), le Rassemblement national démocratique (RND) et le Mouvement populaire algérien (MPA). Nul doute que le TAJ ne constitue pas un poids lourd dans le quatuor de l’Alliance devant le FLN et le RND, les deux partis politiques les plus représentés dans les assemblée élues, mais aussi dans le gouvernement.
Mais le parti ne tient pas une représentation négligeable dans le même conglomérat politique. Il représente, en effet, l’aile islamiste des partis de l’allégeance qui apporte constamment son soutien aux gouvernements successifs, ainsi qu’à la politique du
président de la République.
Ce qui est loin d’être insignifiant dans un pays où l’islamisme politique constitue toujours une question cruciale.
Le niveau de sa présence dans les institutions est également un sujet d’observation non-négligeable de la place qu’occupe ce courant dans le paysage politique.
Né de sa dissidence du Mouvement de la société pour la paix (MSP) du défunt Mahfoud Nahnah, le TAJ d’Amar Ghoul, créé officiellement en 2012, s’est vite fait une place dans le paysage politique national en comptant notamment depuis le printemps 2017, des élus dans l’Assemblée populaire nationale (APN) et aussi dans les assemblées locales (APC-APW).
Et c’est dans ce contexte que le parti a aussi pris sa place au sein d’une alliance de la majorité dans laquelle siégeait, faut-il le rappeler, le MSP du temps de son président Aboudjera Soltani, remplacé par la suite, à la tête du parti par Abderrezak Makri. Depuis ce changement, MSP n’émarge plus dans cette alliance et le TAJ n’avait pas mis assez de temps pour s’y installer.
Jusqu’à se donner manifestement un rôle plus important parmi les partis de l’Alliance, visiblement tenus de se positionner vis-à-vis de son initiative. Amar Ghoul, lui, n’est pas un novice de la scène politique. Ministre de plusieurs départements ministériels importants, à l’image des Travaux publics, sénateurs parmi le tiers présidentiel et chef de parti depuis 2012, Amar Ghoul a fini par s’imposer comme un élément du puzzle politique national qui ne laisse pas indifférent.
Pour toutes ces raisons, le congrès que va tenir le parti TAJ samedi prochain, s’il est ordinaire du point de vue organique, intervient dans un contexte peu ordinaire. Ce qui est de nature à lui conférer plus d’attrait. Surtout au vu de l’initiative politique lancée par le parti et qui appelle nécessairement à des éclaircissements compte tenu des interrogations et des doutes qu’elle a suscités depuis son lancement.