A l’occasion de sa dernière sortie médiatique en qualité de président de l’Union nationale des agronomes (UNA), dont il est à la tête depuis sa création en 1993, Yahia Zane s’est montré très critique envers le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Allant même jusqu’à dire : «Le courant n’est jamais passé entre nous.»

C’est lors de son passage, hier, au Forum d’«El Moudjahid» où il était accompagné de ses proches collaborateurs, qu’il a dans un franc-parler adressé des reproches au ministère de tutelle. A commencer par le fait, selon Zane, que le département ministériel a de tout temps ignoré l’UNA, alors qu’il est admis comme une réalité dans d’autres pays que «nous sommes une véritable force de propositions positives». Il en veut pour preuve que l’UNA n’a jamais été sollicitée dans la préparation des assises de l’agriculture qui se sont tenues en avril dernier. «On nous a seulement invité à prendre part», a-t-il précisé. «C’est à croire qu’on nous redoute, mais pourquoi ?», s’est-il interrogé. Et pourtant, «nous sommes un forum d’experts entièrement dévoués à contribuer pour développer notre secteur de l’agriculture». Comme il a rappelé à l’assistance «les rares fois pour lesquelles on nous a sollicités, c’était sous la condition de ne pas apporter d’avis sur le sujet du foncier agricole et d’autres préalables. Devant ces exigences, nous avons préféré nous abstenir de répondre aux invitations. Bien que nous avions notre mot à dire sur le sujet». Comme il s’est dit étonné que des centaines d’agronomes et techniciens du secteur se sont vu refuser de bénéficier de titres de concessions.
«C’est d’autant plus fort regrettable quand on constate sur le terrain une distribution à outrance de milliers d’hectares dans le cadre de la concession agricole», s’est-il offusqué.
L’invité du forum a, par ailleurs, révélé que de nombreux agronomes en poste au ministère de l’Agriculture n’ont eu d’autres alternatives que de se rendre à l’évidence qu’ils n’étaient d’aucune utilité.
Citant en exemple deux anciens cadres du ministère présents au forum. Sur un ton affirmatif, il lancera : «Le ministère est rempli d’intrus, c’est-à-dire d’un personnel totalement étranger au monde agricole.
Un florilège d’administrateurs au lieu de compétences avérées et dont notre secteur de l’agriculture a grand besoin, surtout en ces temps où l’on parle de sécurité alimentaire et de stratégie d’accroître les exportations agricoles». Par contre, Yahia Zane s’est dit réconforté que le président de la République Abdelaziz a décidé d’interdire la cession des fermes pilotes après avoir eu vent qu’elles faisaient l’objet de convoitises d’opportunistes de tous bords. Comme il a informé qu’au sein de l’Union, la décision du chef de l’Etat, annoncée lors de son discours adressé aux walis du pays, que le foncier agricole est une ligne rouge à ne pas dépasser, a été bien accueillie. Yahia Zane s’est dit en outre ne pas comprendre pourquoi «on continue à refuser à cette profession le titre d’ordre national des agronomes, non sans préciser au passage que la demande dans ce sens a été déposée en 2003. «Pourquoi ce refus alors que d’autres professions non pas tardé pour obtenir le statut d’ordre national», s’est-il demandé. Et de lâcher : «Si c’est ma personne qui cause problème qu’on me le dise.» Après ce déballage de Zane, le débat qui s’en est suivi a surtout tourné autour de l’intérêt de développer le secteur. Les intervenants ont admis à l’unanimité que «le développement du secteur passe impérativement par sa modernisation». Le consultant Mohamed Mouad indiquera dans cette optique que «le foncier agricole devrait être plus accessible aux investisseurs et non pas soumis à la condition de conclure un partenariat avec un tiers possédant un titre de concession sur un périmètre du domaine privé». Rappelons enfin que l’UNA organisera son 4e congrès les 20 et 21 décembre à Alger et à l’issue duquel il sera élu un nouveau président et installé un nouveau bureau.