« Les langues maternelles ont une vitalité par rapport aux langues imposées ou soutenues politiquement par un Etat. » C’est le constat fait hier par le professeur du sciences du langage et de traductologie, Abderrezak Dourari, lors d’une conférence de presse animée au Forum du quotidien «Le Courrier» d’Algérie

et consacrée notamment aux questions liées aux langues arabe et tamazight et leur usage dans le secteur de l’éducation. En Algérie, « l’arabe scolaire, qui est une langue d’administration, risque de disparaître si le soutien de l’Etat lui est enlevé, contrairement à une langue maternelle qui a une vitalité plus forte sur celle artificielle ou imposée », a affirmé
M. Dourari. Dans le cas de tamazight, il dira que cette langue polynomique se retrouve face à « des défis stratégiques de son enseignement dans l’ensemble de ses variétés, dans chaque région». Et d’expliquer que tamazight enseigné actuellement est une «langue artificielle». D’où la nécessité de l’enseigner à travers la promotion de chacune de ces variétés, «l’une indépendamment de l’autre», soutient le spécialiste en sciences du langage.
Pour justifier l’approche qu’il défend,
M. Dourari soutiendra qu’«on ne peut pas aller vers une langue amazighe unifiée » et que, par conséquent, « on doit sortir du mode de gestion unique, faire une didactique propre à chacune des variétés de tamazight ». Si cette démarche n’est pas respectée, « on aura la même expérience du Maroc où l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a échoué en créant un tamazight standard des trois variétés essentielles que connaît le royaume », prévient-il, considérant que « l’unification de tamazight au Maroc est aujourd’hui dans une impasse ». « C’est pourquoi il y a nécessité de revenir aux variétés et d’inciter d’aller vers la recherche scientifique », insistera-t-il appelant, dans cette logique, à la «normalisation de chaque variété indépendamment de l’autre, en les faisant converger au niveau d’une terminologie scientifique nouvelle ».
Il insistera ainsi sur la nécessité de sortir de « l’idéologie unificatrice », arguant que le pays a « des variétés riches qu’on ne peut effacer ». Il a dans ce sens indiqué que les départements de langues et culture amazighes forment essentiellement en kabyle, sauf l’université de Batna qui forme en chaoui. « Il faut former des enseignants dans les autres variétés pour que le ministère de l’Education nationale puisse ouvrir des classes de formation dans le Chenoua et le Mzab», a-t-il souligné, avant de faire remarquer que le ministère de la Recherche scientifique est dans l’obligation de « créer des départements spécialisés», ou «d’élargir ceux existant pour former dans le reste des variétés amazighe ».
A propos de l’Académie de langue amazighe, M. Dourari dira que cette institution a été créée dans le but de soustraire tamazight à la manipulation politique. « L’Académie a pour rôle d’ôter tamazight à la manipulation politique », a-t-il déclaré, ajoutant toutefois que le processus de nomination de ses membres a peut-être ses avantages, mais il aura beaucoup d’inconvénients ». Quant à la graphie de transcription de la langue amazighe, le professeur Dourari explique qu’elle n’est qu’un « système visuel », qui ne change rien pour la langue. Le plus important, selon lui, est la « production » susceptible de promouvoir une langue