Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez entame aujourd’hui jeudi une visite officielle à Cuba. Pour l’histoire des relations bilatérales entre la Havane et Madrid, c’est la première fois qu’un responsable espagnol de ce niveau se rend dans l’île.

Le dernier chef du gouvernement espagnol à s’y rendre en visite officielle a été le socialiste Felipe Gonzalez en 1986. Pedro Sanchez entend «normaliser, stabiliser et approfondir les relations entre l’Espagne et Cuba», a souligné à ce sujet une source gouvernementale à Madrid citée par l’AFP. «C’est le début d’une nouvelle étape dans les relations, non seulement sur le plan politique mais aussi commercial et économique», a, par ailleurs, déclaré à l’agence de presse l’ancien secrétaire d’Etat socialiste espagnol aux Affaires européennes Diego Lopez Garrido, considéré comme un bon connaisseur de Cuba. Pedro Sanchez veut aussi mettre fin à une «anomalie», selon la source gouvernementale cité par l’AFP, aucun dirigeant espagnol n’ayant effectué de visite sur l’île ces dernières années. Au pouvoir depuis moins de six mois, le nouveau dirigeant socialiste entend, durant les deux jours de son séjour, relancer les relations entre les deux pays avec un agenda mêlant politique, économie et culture, selon les médias espagnols. Au premier jour de sa visite, le chef du gouvernement espagnol rencontrera, jeudi, le président cubain Miguel Diaz-Canel, avec lequel il pourrait signer une série d’accords en matière de culture et d’affaires consulaires. La seconde journée, demain vendredi, aura une forte tonalité économique: petit-déjeuner avec des entrepreneurs espagnols puis forum bilatéral auquel 200 entreprises devraient participer dont le géant des télécommunications Telefonica ou la compagnie aérienne Iberia, indique l’AFP. «Cuba est en train de s’ouvrir et cela intéresse nos entreprises d’être en bonne position pour obtenir des contrats importants», a souligné une autre source gouvernementale espagnole à l’agence de presse. L’Espagne est le deuxième partenaire commercial de Cuba après le Venezuela. Environ 140 000 Espagnols vivent à Cuba et 100 000 y vont chaque année en vacances. Ses entreprises y opèrent essentiellement dans le tourisme, comme Melia ou Iberostar qui a ouvert en septembre un hôtel de luxe à la Havane. Cuba, qui doit approuver en février prochain une nouvelle Constitution reconnaissant le rôle important des investissements étrangers, accueillerait, elle, les bras ouverts de nouveaux investissements espagnols, selon des observateurs européens. L’île, dont la croissance est en berne, souffre en effet de la débâcle économique du Venezuela, son principal partenaire et fournisseur de pétrole, et vient de suspendre son programme d’envoi de milliers de médecins au Brésil, une importante source de revenus. M. Sanchez n’a pas prévu, en principe, de rencontrer Raul Castro qui continue de diriger le parti unique communiste après avoir abandonné la présidence du pays en avril. Son programme ne comprend pas non plus de rencontre avec des dissidents alors que l’organisation dissidente des Dames en blanc a demandé à le rencontrer. Il recevra cependant vendredi à l’ambassade d’Espagne des personnalités de la société civile comme le romancier Leonardo Padura et l’entrepreneur et patron de la Guarida, restaurant renommé, ouvert dans l’immeuble où avait été tourné le film «Fraise et chocolat» en 1993