Dans une capitale tunisienne sous pression depuis l’attentat de l’avenue Bourguiba a eu lieu durant trois jours les assises internationales du journalisme, un rendez-vous qui cadrait avec un pays en transition délicate, mais dont un acquis reste particulièrement visible : la liberté d’expression.

Inauguré par le chef du gouvernement le jeune Youssef Chahed, ce rendez-vous a attiré des centaines de journalistes notamment des pays du Maghreb et d’Afrique. Il y avait aussi des journalistes du Yémen, d’Irak et de Syrie venus raconter leurs expériences mais aussi écouter leurs confrères d’autres contrées. Beaucoup de thématiques abordées durant cet événement traitaient de l’avenir de ce métier en transformation. Pour Jérome Bouvier organisateur de ses assises, il s’agit de s’adapter et non pas d’opposer une vaine résistance. «Depuis 15 ou 20 ans nos lecteurs, nos auditeurs, nos téléspectateurs ont largement changé leurs modes de consommation et donc tout le système ancien qui consistait à acheter son journal et avoir de la publicité dans ce journal a explosé. Plus personne ne sait très bien comment faire vivre un média» dira-t-il. Ce chambardement lié à l’avènement des nouvelles technologies bouleverse bien des certitudes. «Aujourd’hui beaucoup de gens s’informent grâce à un smartphone. La presse écrite globalement ne va pas bien. Parce qu’elle ne trouve plus de modèle. Peut-être dans dix ans il n’y aura plus de quotidien d’information en papier. Mais on aura toujours besoin de journalistes. Et il y a aura toujours besoin d’information de qualité» ajoutera Jérôme Bouvier pour qui ce métier qui consiste à aller vérifier l’information, la mettre en perspective, à rapporter les faits, à raconter des histoires est toujours indispensable. «Je suis très confiant sur l’avenir du journalisme et très pessimiste sur l’avenir des médias en termes d’équilibre économique, c’est pour ça qu’on a aussi fait cet événement des assisses internationales de Tunis pour que nous journalistes dialoguons avec nos publics» ajoutera-t-il. Face à des réseaux sociaux qui concurrencent désormais les médias, les journalistes sont condamnés à s’adapter. «Avant on disait attention, ce sont des réseaux sociaux. Mais puisque nos publics sont là il faut aller là où ils sont. Pour leur offrir toujours une information de qualité et leurs permettre de faire le choix entre tous les bobards qui circulent, les ragots, et autres facknews» qui foisonnent actuellement sur le net. Cet événement tunisois qui aura permis des rencontres riches entre journalistes venus d’univers différents, semble avoir été imaginé pour faire jonction avec son analogue en Europe. «Il s’agit d’avoir un pied sur chaque rive de la méditerranée. On avait de plus en plus de confrères et de consœurs, notamment algériens, qui nous disaient qu’ils aimeraint bien participer aux travaux à Tours. Pour des problèmes financiers, des difficultés de visas chaque année beaucoup de gens ne pouvaient pas venir. On s’est dit après tout notre objectif est de faire dialoguer les professionnels des deux rives de la méditerranée. Donc tous les printemps en mars on se retrouve à Tours et tous les deux ans à l’automne rendez-vous ici à Tunis» notera Bouvier. Pourquoi Tunis ? «Parce qu’il y a un symbole important autour de la Tunisie avec la révolution, avec les combats pour la liberté d’expression, pour la légalité, la liberté de la presse, et c’est aussi pour toute la région. Il fallait un pays dans lequel les journalistes soint libres, où les journalistes ne sont pas menacés ou emprisonnés et où le pouvoir politique ne peut pas empêcher la libre parole» dira Jérôme Bouvier. Pour cet ancien de Radio France, le journalisme n’est pas un métier comme les autres. «Il faut d’abord que ça reste un métier de passion. Si un jeune se dit vouloir faire journaliste ou directeur de communication il vaut mieux qu’il fasse autre chose. S’il dit je voudrais être journaliste et seulement journaliste là c’est plus sérieux». Et d’enchaîner «ce métier n’a de sens que s’il est au service des citoyens, de la recherche de la vérité, si on fait ce métier uniquement pour se mettre au service d’un pouvoir politique ou d’un pouvoir économique c’est faire de la communication, et pas du journalisme. C’est un chemin exigeant mais c’est un beau métier quand même».