L’absence d’identification et de certification des produits agricoles artisanaux est un facteur qui handicape la dynamique de production et de transformation dans le secteur agricole à Tizi-Ouzou. L’inspecteur phytosanitaire à la direction des services agricoles (DSA) de Tizi-Ouzou, Kaci Boukhalfa, a expliqué à l’APS

qu’avec la dynamique que vit actuellement le secteur de l’agriculture au niveau local, marquée par l’augmentation et la diversification de la production agricole et où les produits artisanaux occupent de plus en plus une place importante, il est nécessaire de certifier ces produits artisanaux. Dans les différentes manifestations agricoles (foires, salon…), une multitude de ces produits est proposée à la vente dont du miel, de l’huile d’olive, des savons, des confitures, des fromages, qui sont fabriqués en petite quantité et qui ne sont souvent pas identifiés. Le produit est vendu dans un emballage simple sans aucune étiquette pour garantir sa traçabilité, fournir des informations sur sa composition et permettre d’identifier le producteur, a relevé ce même responsable. « Cette production agricole artisanale est une économie qui doit être organisée et cette organisation commence par l’identification du produit et surtout sa certification afin de garantir qu’il n’est pas néfaste pour le consommateur », a ajouté M. Boukhalfa, indiquant que c’est dans cette optique que la DSA a organisé récemment une rencontre avec les petits producteurs de la wilaya afin de les sensibiliser et les inviter à adhérer à cette démarche. M. Kaci a souligné que parmi les objectifs de cette rencontre figure la création d’une synergie entre la DSA et la direction locale du commerce afin d’apporter des solutions à ces problèmes de certification qui sont soulevés par les petits producteurs faisant face à cette contrainte lorsqu’ils tentent de commercialiser leur produits ou éventuellement l’exporter.
La certification pour rassurer le consommateur et offrir des chances d’exportation
Un producteur d’huile de figue de barbarie, Mezred M’hamed, propriétaire d’une unité de transformation dans la commune d’Agouni Gueghrane, a expliqué à l’APS qu’il a reçu plusieurs commandes d’huile de la part d’importateurs étrangers et qu’il n’a pas pu honorer car son produit n’était pas encore certifié. Consciente de l’importance de la certification notamment pour la protection de la santé du consommateur, la présidente de l’Association femme rurale (ASFRU), Cheurfa Zahra, a indiqué, de son côté, qu’elle ne propose jamais à la vente les produits (confitures, pâte d’olive, savon artisanal…) qu’elle expose lors des différents foires et salons, malgré la demande des consommateurs.
Un producteur de miel et membre du conseil d’administration de la Chambre d’agriculture de wilaya (CAW), Salem Touati, a expliqué, quant à lui, que la « certification des miels produits à Tizi-Ouzou, une wilaya qui ne dispose pas d’un laboratoire d’analyses, se fait au niveau d’Alger (à Baba Ali) dans un laboratoire qui n’assure que les analyses physico-chimiques et ne fournit pas, tel que nous l’aurions souhaité, la présence ou pas de pesticides ». Cet apiculteur, qui a souligné l’importance de la création, à Tizi-Ouzou, d’un laboratoire qui fournira un bulletin complet, a rassuré toutefois que les miels mis sur le marché local sont contrôlés par le laboratoire de Baba Ali. Quant à l’identification du producteur, il a souligné que les apiculteurs sont tous identifiés par une carte d’agriculteur délivrée par la CAW et que leurs exploitations sont visibles. S’agissant des pesticides, il a observé que ces traitements ne sont pas largement employés, à Tizi-Ouzou. En outre, et suite à une initiative de la CAW, l’étiquetage des miels est obligatoire depuis quelques années. Sur chaque produit, l’apiculteur est identifié (adresse, numéro de carte agricole et de téléphone), l’année de production, la nature du produit (miel multi fleurs, de montagne, mono floral) y sont aussi mentionnées. « Cette mesure a été appuyée par la direction locale du commerce qui oblige, elle aussi, les producteur à identifier leurs produits », a ajouté M. Touati. La certification des produits étant une démarche coûteuse, les petits producteurs gagneraient à se regrouper, par filières, associations ou coopératives, par exemple, pour avoir des quantités de produits importantes et intégrer un système de production, suggère-t-on. Ces formes d’organisation leur permettront d’entamer des démarches pour demander au législateur de prendre en considération la spécificité de ces produits agricoles artisanaux, a souligné M. Kaci. Pour donner une valeur ajoutée à ces produits, par la certification, il est important, selon lui, de mettre en place un cadre juridique spécifique et adaptée à ce créneau, et qui portera sur l’allégement, au plan financier et documentation, de la procédure de certification qui est une démarche longue et coûteuse pour les petits producteurs, ce qui permettra de maintenir et de développer cette activité agricole. De son côté, la DSA accompagnera les associations des petits producteurs dans leurs démarches, a-t-il rassuré.