Les prix du baril de pétrole dégringolaient de plus de 7% mardi à New York comme à Londres, fragilisés par un mouvement généralisé d’aversion au risque dans un marché s’inquiétant déjà fortement d’une possible surabondance d’or noir dans le monde.

Vers 19H00 GMT, le baril de Brent pour livraison en janvier chutait de 7,01%, à 62,11 dollars, sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres tandis que le baril de WTI plongeait de 7,22%, à 53,07 dollars, les deux évoluant à leur plus bas niveau depuis fin 2017. Cette glissade n’est pas, selon plusieurs analystes, liée à un événement particulier relatif au pétrole. Mais elle s’inscrit mardi dans le sillage de la chute des indices de Wall Street, avance Phil Flynn, de Price Futures Group. « Le marché se retrouve dominé par la peur de voir la croissance mondiale ralentir considérablement » et faire baisser par ricochet la demande en énergie, explique-t-il. De nombreux investisseurs ayant déserté les salles de marché à l’approche de la célébration de Thanksgiving jeudi aux Etats-Unis, le repli des prix est aussi, selon lui, probablement accentué par des algorithmes se déclenchant automatiquement lorsque les cours atteignent certains niveaux. Si l’ampleur de l’effondrement des cours est étonnante, elle n’est pas non plus « totalement incohérente avec la situation », rappelle James Williams, de WTRG Economics. Les acteurs du marché du pétrole s’inquiètent en effet depuis plusieurs semaines de la récente hausse de l’offre d’or noir dans le monde. Les sanctions américaines sur le pétrole iranien ont d’une part été fortement adoucies au dernier moment, amoindrissant nettement leur impact. Comme l’Arabie saoudite et la Russie avaient fortement augmenté leurs extractions dans l’anticipation de la mise en oeuvre de ces sanctions, le pétrole y coule désormais à flot. Et la production aux Etats-Unis est à un niveau record. Résultat: « les réserves de produits raffinés dans le monde sont désormais au-dessus de la moyenne des cinq dernières années », souligne M. Williams. Tous les yeux sont désormais tournés vers l’Organisation de pays exportateurs de pétrole (Opep) et ses partenaires, dont la Russie, qui doivent se réunir à Vienne les 6 et 7 décembre et décider ou non de réduire leurs extractions. Pour l’instant, la Russie n’a pas donné d’indications claires, affirmant attendre une analyse plus approfondie sur l’offre et la demande. Lors d’une conférence en Slovaquie, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’Energie (AIE), Fatih Birol, a pour sa part déclaré qu’une « diminution significative de la production des principaux producteurs aujourd’hui pourrait avoir des conséquences négatives pour les marchés ». Pour les analystes de JBC, « le marché est de manière évidente dominé par une certaine confusion du fait d’informations équivoques » entre la réaction timide de la Russie et l’avertissement du patron de l’AIE.