Immanquablement, le message de félicitations adressé hier par le chef de l’Etat au roi Mohammed VI renvoie à la situation de la relation bilatérale entre l’Algérie et le Maroc.

On n’inventera pas l’eau chaude et on n’exagérerait rien non plus si on rappelle à ce sujet que le climat entre les deux voisins est des plus mauvais et qu’il n’est pas prés de s’améliorer. Aucune indication ni même un indice, en effet, ne permettent d’affirmer le contraire et il serait naïf, voire ridicule, de croire ces bureaucrates de l’UMA qui, pour se donner bonne figure, répètent à chaque anniversaire de «février 1989» qu’entre Alger et Rabat la situation n’est pas si dramatique et que l’Union des pays maghrébins existe encore. Mais si le Maghreb, lui, n’est pas définitivement enterré et ne le sera pas en raison de ce qu’il est – un espace géographique et culturel quasi homogène doté d’une profondeur historique telle qu’elle finira par refaire surface dans le futur lointain – la relation entre les deux grands pays de la sous-région restera dans le temps actuel et pendant longtemps au point mort. A l’origine de cette paralysie, un long et lourd passif dont on peut remonter les origines modernes – parce qu’il y en a d’anciennes aussi – à l’année 1994 ! Et à la décision du Maroc d’imposer le visa aux Algéreins (une procédure aujourd’hui levée) après l’avoir accusée, à tort et sur la base de données erronées ou orientées, d’être derrière l’attaque terroriste qui avait ciblé le site touristique de l’Atlas Asni à Marrakech. Ce rappel peut surprendre, il n’est cependant pas fortuit. Il indique qu’en dépit du contentieux réel qui oppose les deux pays voisins sur la question du Sahara occidental, l’Algérie, qui a toujours veillé à ne jamais rompre le cheveu de Mou’awiya avec le pays frère, n’a jamais été sur cette ligne belliciste marocaine de multiplier les actes inamicaux à son égard, comme d’avoir hébergé des djihadistes de l’ex-GIA et tant d’autres vacheries restées secrètes… Pareille souvenance est au moins utile pour rafraîchir la mémoire à une certaine élite et à certains médias marocains – qui accusent Alger de fomenter la guerre au Maghreb – et lui signaler que la dissociation de la question du Sahara occidental du bilatéral algéro-marocain est une idée et une initiative algérienne ! Abdelaziz Belkhadem, qui était ministre des Affaires étrangères au tout début de la décennie 2000, doit se souvenir d’avoir porté à Marrakech une proposition dans ce sens du président de la République,
M. Bouteflika, à Mohammed VI. Si cette offre a été dédaignée à l’époque par le souverain chérifien, c’est que le royaume estimait qu’une tension permanente avec l’Algérie était le meilleur moyen de la diaboliser sur la scène internationale et auprès des capitales occidentales qui lui sont favorables. Il pensait inchangeables les rapports de force politiques et diplomatiques qu’il maîtrisait contre les indépendantistes sahraouis devenus aujourd’hui, quoi qu’en disent les sceptiques, plus audibles et plus visibles, dans leur quête d’autodétermination. Ceci expliquant cela, on peut alors comprendre pourquoi, outre le sinistre économique qui sévit à Oujda, le roi Mohammed VI s’est soudain souvenu, début novembre, de l’utilité d’un «mécanisme» de réchauffement avec Alger. Mais le vent a tourné et l’heure a changé.