Le conflit entre la direction d’Air Algérie et une partie des centaines de mécaniciens s’enlise après une semaine de grève. Les grévistes ont donc décidé de hausser le ton jusqu’à ce que la direction entende leurs revendications.

Au septième jour de la grève déclenchée, dimanche dernier, par les techniciens et mécaniciens du service maintenance de la compagnie nationale Air Algérie à l’aéroport d’Alger, on s’interroge sur la sécurité des vols du pavillon national.
La direction d’Air Algérie pensait mettre fin à la grève des mécaniciens en suspendant 12 employés. Elle avait organisé une conférence de presse, où elle avait, en premier lieu, assuré que tous «les avions sont contrôlés par les techniciens et ingénieurs qui ont refusé de répondre à l’appel de cette grève», et, d’autre part, considéré que les revendications étaient «infondées et la grève illégale». Cependant, ce n’est pas le même son de cloche du côté du président du SNTMA, Ahmed Boutoumi, qui indique qu’«à défaut de pouvoir négocier un service minimum avec la direction qui, aujourd’hui encore, continue de fermer les portes du dialogue et qui a déclaré illégal notre mouvement, quelques mécaniciens non-grévistes se chargent tant bien que mal du contrôle et de la maintenance de la flotte».
Evoquant la grille des salaires et les primes des techniciens de maintenance, la direction avait soutenu que les ingénieurs et les techniciens percevaient un salaire allant de 150 000 à 250 000 DA/mois, faisant remarquer qu’un technicien de maintenance débutant à Air Algérie percevait 65 000 DA pour atteindre 90 000 DA après une année et 150 000 DA après trois années d’exercice, après une formation spécialisée, outre les primes de poste.
Le syndicat dément formellement cette affirmation. Il indiquera que «les salaires des mécaniciens sont inférieurs à ceux du personnel navigant commercial (PNC)», dont les salaires ne dépassent pas les 100 000 DA. Poursuivant sur la situation de malaise socioprofessionnel qui règne au sein de sa corporation, outre de décrier une «forte pression au travail», il dénoncera le recours abusif à «des sanctions absurdes». A ce propos, il évoquera «les ponctions sur salaires injustifiées et répétitives» auxquelles les travailleurs font face de manière récurrente et pour lesquelles, ajoutera-t-il, «les services concernés invoquent des erreurs sans toutefois procéder à la régularisation».

La guerre des chiffres entre le syndicat et la direction

Le Syndicat national des techniciens de la maintenance des avions (SNTMA) d’Air Algérie, par le biais de son président Ahmed Boutoumi a donné quelques chiffres sur l’effectif qui «est de 600 mécaniciens et chefs de division, dont 522 sont des adhérents au Sntma». De son côté, la direction a fourni ses propres chiffres bien différents de ceux du Sntma. En effet, M. Boulaouad a précisé qu’il n’y avait pas de grévistes parmi les 81 techniciens et ingénieurs activant dans les autres aéroports du pays. Concernant les 576 techniciens et ingénieurs travaillant au niveau de l’aéroport Houari-Boumediène d’Alger, le responsable a indiqué que 70% des techniciens de maintenance des avions concernés par les vols et 50% des techniciens de maintenance des avions soumis au contrôle périodique n’ont pas adhéré à la grève. Le responsable a ajouté que près de 70 grévistes, sur 627 techniciens et ingénieurs, travaillaient normalement, ce qui explique «l’absence de perturbations dans les programmes de vols». Ainsi, la grève des mécaniciens et techniciens d’Air Algérie, qui entre dans sa deuxième semaine, risque de durer encore plus longtemps du fait que les grévistes campent sur leurs positions, d’autant qu’aucun dialogue n’a été annoncé entre la direction et ces derniers.

Le syndicat des travailleurs à la rescousse
Le programme des vols, malgré le mouvement de grève, «se déroule normalement» jusqu’à présent. Une sorte de grève à la japonaise où les employés accomplissent leurs tâches quotidiennes, tout en portant un brassard noir en signe de mécontentement. Par ailleurs, le syndicat des travailleurs d’Air Algérie relevant de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA)a assuré hier dans un communiqué que tous les avions de la compagnie alignés pour les vols «sont techniquement contrôlés en matière de navigabilité selon les normes de sécurité », dénonçant « des attaques contre le pavillon national ».
Ainsi, la section syndicale d’Air Algérie « réfute toutes les informations à sensation en qualifiant leurs auteurs de personnes qui n’hésitent pas à utiliser tous les moyens pour calomnier et diffamer, et commettent l’imprudence de douter et de s’attaquer à la maintenance aéronautique algérienne qui a déjà acquis ses lettres de noblesse depuis des décennies ».