Le mouvement Ennahda aborde un week-end décisif pour son avenir. Le parti dirigé par Mohamed Douibi tiendra, jeudi, une session de son conseil consultatif qui va baliser le terrain pour l’organisation de son 6e congrès prévu le lendemain vendredi. Mais la sérénité est loin de régner au sein de cette formation islamiste qui vit des dissensions entre ses différents chefs.

Cette situation met en péril l’avenir même du parti. Les luttes qui ont commencé depuis des mois se sont ainsi exacerbées à l’approche de ce rendez-vous important qu’est le congrès. Pour atteindre un point de divergence qui risque de s’affirmer, celui de non-retour. Il s’agit en effet de la légitimité ou pas de la commission de préparation du congrès. Car au vu des déclarations des uns et des autres, cette commission ne fait point l’unanimité dans les structures d’Ennahda.
Les contradicteurs de Douibi contestent ladite commission qu’ils considèrent illégitime. Ce n’est pas l’avis de M. Douibi, selon qui « les préparatifs du congrès répondent à toutes les exigences statutaires ».
Mais à entendre les propos du président du Conseil consultatif du parti Mohamed El Hadi Athamnia, appelant ses pairs à boycotter le congrès, l’on se rend facilement compte de l’ampleur de la crise d’Ennahda qui risque l’implosion. Mais comment le parti a-t-il atteint une situation aussi critique que celle qu’il vit présentement, ne cessent de se demander les partisans d’Ennahda.
Pour ceux qui connaîssent bien la maison Ennahda, il n’y a pas le moindre doute que M. Douibi ne fait pas l’unanimité au sein des structures du parti dans lesquelles ses contradicteurs ne manquent pas. C’est un secret de Polichinelle. Et si la crise était latente au sein de ce parti politique jusqu’à une certaine période, ce n’est plus le cas depuis la lettre adressée, au printemps dernier, aux membres du Conseil consultatif par le président de cette instance, Mohamed El Hadi Athmania. Dans cette lettre, M. Athmania s’en est pris au secrétaire général actuel, Mohamed Douibi, qu’il a accusé d’avoir outrepassé «ses prérogatives, de ne pas respecter les décisions du Conseil consultatif et de transgresser les statuts du parti et son règlement intérieur». Parmi les torts retenus contre M. Douibi, M. Athmania cite, entre autres, «l’entrave à la constitution de la commission de préparation du congrès du parti». Il a également souligné, dans sa missive, que «le secrétaire général s’est rebellé contre les institutions du mouvement et appelé certains conseils consultatifs de wilaya à rejeter vos décisions», lui reprochant également d’avoir «divulgué les secrets des délibérations et les avoir diffusés en dehors du cadre réglementaire».
Et de conclure que ces actions «ont perturbé le bureau national et conduit à la démission des deux-tiers de ses membres». Ce qui a ouvert la voie à une mésentente entre le secrétaire général et les membres du bureau national générant une série de démissions parmi les cadres du parti.
En définitive, les conditions dans lesquelles le parti prépare son congrès sont loin d’être rassurantes pour une formation appelée, à première vue, à retrouver sa cohésion organique pour s’atteler, ensuite, à retrouver sa place sur l’échiquier politique national.