A 83 ans, après de longues années et un riche vécu, Hamid Zouba, un des 33 footballeurs qui ont composé l’équipe du Front de libération nationale (FLN), a sorti un ouvrage dans lequel il a raconté son enfance, sa jeunesse que le colonisateur français a « volée » et son parcours de footballeur mélangé à celui de « militant » au sein de la sélection du FLN. Un livre, édité par l’Agence nationale d’édition et de publicité (Anep), qu’il a intitulé « Ma passion, ma vie » exposé au 23e Salon international du livre (Sila) 2018 à Alger (29 octobre – 10 novembre).

 

L’émotion était au rendez-vous à la salle « Dar El-Djazaïr » à la Safex (Alger) lors de la « Rencontre sur le football algérien » organisée par l’Anep. Un évènement marqué par la présence d’anciens joueurs de l’historique formation du FLN qui a vu le jour le 13 avril 1958. Soixante années après, l’horloge biologique a « décimé » sa composante. Cinq des 12 survivants de cette glorieuse époque ont rehaussé le débat avec leur présence. Il s’agit des messieurs Amara, Kerroum, Ibrir et Zouba. Les autres conviés n’ont pas pu honorer l’invitation car « l’âge de certains ne prête pas au voyage » a expliqué Amine Echikr, patron de l’Anep. Zouba était là pour exposer son livre. Un projet qui tenait à cœur pour celui qui ne savait pas ce qu’était le banc d’école étant jeune. Un Algérien qui a, grâce au football, réussi à s’instruire et rattraper un sérieux handicap. «Quand j’ai signé mon premier contrat à l’AS Saint-Eugène, recevoir des cours était ce que j’avais exigé en tout premier lieu. C’était important pour moi que je sache lire et écrire. La France m’a volé mon enfance et mon adolescence », a raconté le conférencier qui note que Jean Ghénno l’avait inspiré.
« Un jour, en parcourant les rues de Genève juste après l’Indépendance, j’ai décidé d’acheter un ouvrage. Quand j’ai lu ce livre écrit par Jean Ghénno, je me suis tout de suite identifié à lui. Il était le fils d’un cordonnier à Fougères (France) et, comme moi, son enfance a été fracassée par la pauvreté. Ce qui l’avait contraint à abandonner les études très jeune et à travailler dès 14 ans pour aider sa famille. Mais plus tard, il avait réussi à changer sa vie, en devenant un grand auteur et membre de l’Académie française. Cela m’a inspiré et m’a donné du courage », reconnaît le natif de Saint-Eugène(Alger) en assurant que « le football a fait de moi l’homme qu’il est aujourd’hui.»

Altruiste jusqu’au bout des ongles

Par ailleurs, Hamid Zouba a indiqué avoir jugé qu’« il était de mon devoir de faire ce livre. Ça aurait été dommage de ne pas faire profiter les autres d’une partie importante de l’histoire de ce pays.» Pour lui, ce basculement de carrière et le fait d’avoir rejoint les rangs de l’équipe du FLN lui ont permis, ainsi qu’à ses coéquipiers, de découvrir qu’ils étaient « plus mûrs » qu’ils le pensaient. Aussi, « le fait que la jeunesse algérienne de l’époque sache que, de l’autre côté, leurs semblables ont décidé de s’allier à la cause commune, cela ne pouvait que leur donner plus de courage pour poursuivre la lutte et la Révolution », soulignait-il. Un chapitre qui témoigne de l’altruisme des 33 footballeurs qui ont fait du foot plus qu’un jeu. Qui ont vécu leur passion différemment. En luttant à leur manière. En sacrifiant l’éphémère pour une cause et une reconnaissance éternelle. Djamel Kaouane, ministre de la Communication, n’a pas manqué de saluer cet acte en estimant, lors de son allocution, qu’»il n’y a pas de meilleur modèle à suivre que la glorieuse équipe du FLN et les sportifs de cette honorable génération.»

Zitouni – Real : la « déclinaison » royale
Zouba a cité l’exemple du talentueux Mustapha  Zitouni qui était courtisé par le géant Real Madrid à l’époque. « Une fois, à l’aéroport de Francfort, nous avions croisé la délégation du Real Madrid. Zitouni avait joué en équipe de France au mois de février contre l’Espagne où il avait sorti un match solide pour qualifier la France au Mondial 1958. Di Stefano a reconnu Mustapha et il l’avait approché pensant qu’il était en voyage avec un club professionnel. Il lui a demandé ‘’comment refuses-tu de rejoindre la meilleure formation au monde’’. Zitouni s’est retourné vers nous et lui a dit, c’est celle-là la meilleure équipe au monde », s’est rappelé Zouba tout ému. Une phrase lourde de sens qui démontrait le degré d’attachement et la dévotion sans égale qui animaient des stars ne cherchant pas le vedettariat. La lutte pour une Algérie libre et l’appel de la Révolution dépassait toutes les tentations.