Un défilé militaire dans la ville d’Ahfaz dans le sud-ouest de l’Iran a été la cible hier en début de matinée d’un attentat meurtrier. Le dernier bilan faisait état d’au moins 24 morts et une cinquantaine de blessés. Des scènes de l’attaque étaient visibles sur les vidéos diffusées en boucle par les chaînes de télévision iraniennes. Sur certaines d’entre elles, on voit distinctement que les assaillants ont fait usage d’armes automatiques. Parmi leurs victimes, «plusieurs civils» dont une femme et un enfant mais également des militaires, selon les médias locaux.

Selon Ali-Hossein Hosseinzadeh, le vice-gouverneur de la province du Khouzestan, dont Ahvaz est la capitale, il y avait quatre assaillants. Ils étaient cachés derrière les arbres dans un parc et ont tiré sur les militaires et les civils venus assister au défilé. Deux ont été tués et deux autres ont été arrêtés par les forces de l’ordre. Sans nommer ce pays rival et hostile, Téhéran accuse l’Arabie saoudite d’être derrière cet attentat commis dans une région où vit une importante minorité arabe.
« Des terroristes recrutés, entraînés et payés par un régime étranger ont attaqué Ahvaz. L’Iran considère que les parrains régionaux du terrorisme et leurs maîtres américains sont responsables de telles attaques », a écrit le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif sur son compte Twitter. . « L’Iran réagira rapidement et fermement pour défendre des vies iraniennes », a-t-il mis en garde. Plus tôt, les Gardiens de la Révolution avaient accusé les assaillants d’être liés à un groupe séparatiste arabe. « Ceux qui ont ouvert le feu sur les gens et les forces armées sont liés au mouvement al-Ahvazieh », a déclaré Ramezan Sharif, porte-parole des Gardiens de la Révolution cité par une autre agence de presse, Isna. « Ils sont nourris par l’Arabie saoudite, et ils ont essayé de faire de l’ombre à la puissance des forces armées » iraniennes, a-t-il ajouté.
L’attentat a eu lieu alors que l’Iran marque la Journée nationale des forces armées, qui commémore chaque 22 septembre le déclenchement, par Bagdad, de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et la résistance de la « défense sacrée » iranienne lors de cette « guerre imposée », selon la phraséologie officielle. « Sur les quatre terroristes, trois ont été envoyés en enfer sur les lieux de l’attaque et le quatrième, qui avait été blessé et arrêté, a rejoint l’enfer peu à près du fait de la gravité de ses blessures », a déclaré le général de brigade Abolfazl Shekarchi, porte-parole des forces armées iraniennes, sur la télévision d’État.

Un pays dans le collimateur US
L’Iran est depuis le début de l’été dernier la cible de plusieurs attaques que les observateurs mettent en relation avec la confrontation de ce pays avec l’Arabie saoudite, ses alliés dans la région et les Etats-Unis. Le 20 juillet 2018, au moins 10 membres des Gardiens de la révolution avaient été tués dans une attaque menée par des insurgés contre l’une de leurs bases dans le Kurdistan iranien, dans le nord-ouest du pays. Le 7 juin 2017, des hommes armés et des kamikazes avaient attaqué le Parlement et le mausolée de l’imam Khomeiny à Téhéran, faisant 17 morts et des dizaines de blessés, les premières attaques revendiquées par le groupe État islamique (EI) en Iran.
Les Gardiens de la Révolution avaient alors dénoncé l’ « implication » de l’Arabie saoudite et des Etats-Unis dans les attentats. Dans un discours à Téhéran hier samedi peu avant l’annonce de l’attentat, le président iranien Hassan Rohani a déclaré que son pays augmenterait « jour après jour » ses « capacités défensives », faisant référence aux missiles que développe son pays et qui inquiètent les Occidentaux. « Nous ne réduirons jamais nos capacités défensives, nous les augmenterons jour après jour », a déclaré M. Rohani en présidant un défilé militaire à Téhéran. « Le fait que vous soyez en colère contre nos missiles montre que ce sont nos armes les plus efficaces », a-t-il ajouté, « grâce à ce que vous avez dit, nous connaissons désormais la valeur de nos missiles ».
Accusé par Washington de déstabiliser le Moyen-Orient, l’Iran est dans le collimateur des Etats-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump qui a rétabli des sanctions contre Téhéran et annoncé son retrait de l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien. L’Arabie saoudite, alliée des Etats-Unis, est le grand rival régional de l’Iran, les deux pays s’opposant sur de nombreux dossiers au Moyen-Orient, notamment dans les conflits en Syrie et au Yémen.