De son village natal à Bordj Bou-Arréridj, de Bouira à Sétif et de Londres à Condor, Abderrahmane Benhamadi peut se targuer d’avoir fait un sacré parcours. Pourtant, rien ne prédestinait ce timide villageois à devenir le leader de l’électronique en Algérie et dans le Maghreb. En donnant un acte de naissance légitime à Condor en 2002, Benhamadi a enfourché, dès lors, le chemin du succès, de la notoriété, et bien sûr aussi des effets indésirables et des dommages collatéraux.

C’est toute la saga des Benhamadi, « qui ne sont actuellement, en fait, que trois », tiendra à préciser le patron du groupe Condor, qui a été développé lors du forum du quotidien arabophone «An Nasr», qui revient au-devant de la scène médiatique après une longue absence. Avec notre consoeur et rédactrice en chef du quotidien constantinois, Nardjess Kermiche, dans le rôle du modérateur, Abderrahmane Benhamadi s’est prêté volontiers à la curiosité professionnelle des journalistes, venus fort nombreux pour la circonstance. Benhamadi déroulera pour la circonstance les étapes du passage de son entreprise, de familiale au groupe puissant et important, qui se permet maintenant de jouer dans la cour des grands, accédant même à l’achat de poids lourds sur la scène mercantile internationale, comme l’entreprise italienne, Nardi, spécialiste mondiale de l’électroménager et de l’électronique. Aujourd’hui, le groupe Condor, ce sont dix grosses entreprises, de l’électroménager à la téléphonie, en passant par la construction et le médicament, le tout consolidé par « Bordj Steel », une entreprise en… acier.
Benhamadi consomme Condor
Le groupe Condor, c’est aussi 16 000 travailleurs provenant de divers horizons de la planète, aussi bien du Vietnam, que de France ou de Tunisie, sans oublier le plus gros des troupes de nationalité algérienne. Benhamadi, et après les deux heures passées en sa compagnie, donnera l’impression de quelqu’un qui voit midi à sa porte, une personne pragmatique. « Le groupe est présent dans plusieurs pays africains comme le Bénin, le Sénégal, le Congo Brazzaville, des pays de l’Afrique de l’Ouest, et bien sûr le Maghreb. « Nous n’allons pas concurrencer la Chine, ni la Turquie. On avance doucement en essayant de jouer sur la qualité et le prix, un rapport que nous présentons avec tous nos produits. Aujourd’hui, nous sommes aussi présents en France avec nos téléphones, en collaboration avec SFR notamment, et dans un court horizon, l’ouverture de 500 points de vente ». « En France, je compte beaucoup sur la solidarité de nos compatriotes installés dans l’Hexagone pour la promotion de notre produit. La qualité, ensuite, prendra le relais », nous dira aussi le patron du groupe Condor. La stratégie commerciale et de développement du groupe fera en sorte que le marché de l’Europe de l’Ouest, « très exigeant », devienne un autre marché pour les produits au sigle de l’oiseau de proie à l’horizon 2020. Se définissant comme un homme d’affaires et non un politicien, Benhamadi se révélera quand même contre le protectionnisme, après une question que nous lui avons posée. « Je suis contre le protectionnisme en tant que concept général. Mais parfois, des situations économiques et financières difficiles, comme celles que vit notre pays aujourd’hui, imposent un protectionnisme conjoncturel qui touchera quelques secteurs fragiles ou en devenir, comme l’agroalimentaire, par exemple. Pour ce qui est des produits électroniques et électroménagers de notre groupe, nous n’avons pas besoin de protectionnisme, vu que le rapport qualité/prix reste en notre faveur. Je peux vous affirmer pour illustrer mes dires, qu’un téléphone portable sur deux en Algérie est un Condor ». Revenant sans cesse sur l’investissement dans l’homme, Benhamadi ne tarira pas d’éloges sur les cadres algériens « qui ont juste besoin d’une mise à niveau à leur sortie des universités algériennes, pour passer du théorique à la pratique ». Pour cela, Benhamadi Abderrahmane envisage de créer une académie pour des formations diverses, aussi bien pour les employés du groupe Condor qu’à l’externe, ne manquant pas de préciser, suite à une boutade de notre part, « qu’au domicile Benhamadi, vous ne trouverez que des marques d’électroménagers ou autres du groupe Condor ». C’est aussi ça la consommation « Made in bladi » qui doit démarrer par une présence remarquable chez les producteurs eux-mêmes !