Rien ne va plus au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) en proie depuis quelques jours à des tensions internes pour le moins déchirantes.

Après avoir accusé l’Arabie saoudite d’être à l’origine de la dernière mesure prise par l’Opep et ses alliés non-Opep à l’issue de la réunion des 22 et 23 juin dernier, laquelle mesure donne aux grands producteurs le privilège de pomper sans limites lorsqu’il s’agira de compenser les pertes subies par les autres membres, l’Iran passe à l’offensive, convaincu que son appel adressé la semaine dernière au président de l’Opep en exercice sera sans effets. Pour tenter d’affaiblir les exportations saoudiennes vers l’Asie, Téhéran vient de déclencher une guerre des prix en cassant ceux de son pétrole (Lire ci-contre article de Farid Messaoud). En effet, le prix officiel du baril de brut iranien, qui sera abaissé au mois de septembre par la National Iranian oil company (NIOC) pour les clients asiatiques, atteindrait son plus bas niveau en 14 ans par rapport au prix du baril de pétrole saoudien, rapporte l’agence Bloomberg. En réaction à la décision des Etats-Unis de rétablir les sanctions contre l’Iran, les responsables de ce pays ont menacé également de bloquer le détroit d’Ormuz, mais l’option risque de provoquer de préjudiciables représailles. Les Américains ont brandi la menace d’intervenir militairement pour assurer la sécurité des navires pétroliers. Les sanctions américaines contre le secteur pétrolier iranien entreront en vigueur le 5 novembre. Les Etats-Unis ont menacé de sanctions tous les pays commerçant avec l’Iran, mais les plus gros acheteurs du brut iranien, sont l’Inde et la Chine, qui achètent environ la moitié du pétrole iranien, ont indiqué ne pas vouloir réduire de manière significative leurs importations. Selon les analystes, les ventes de brut iranien pourraient baisser de 700 000 barils par jour par rapport à leur niveau actuel qui est de 2,3 millions de barils par jour. D’autres pays, dont l’Union européenne et la Russie se sont dits déterminées à protéger l’accord nucléaire et à résister aux sanctions américaines. Ces tensions autour du dossier iranien n’ont pas manqué de susciter de vives tensions au sein du groupe Opep et non-Opep. Le ministre iranien du Pétrole a écrit la semaine dernière à son homologue émirati, lui demandant de rappeler à l’ordre des producteurs ne respectant pas les accords sur la production. L’Iran demande désormais une réunion extraordinaire du comité Opep et non-Opep chargé du suivi de la conformité aux accords sur la production. Ce comité, qui doit se réunir à Alger en septembre, est présidé par l’Arabie Saoudite qui ne voit aucunement l’urgence d’appeler à une entrevue avant la date initialement fixée. Les inquiétudes de l’Iran, qui reproche à plusieurs pays, dont l’Arabie Saoudite, de mettre à profit une incompréhension des dernières décisions de l’Opep pour pomper au-delà de leurs quotas, faisant fi de l’engagement conclu, voire des risques d’une rechute des cours et le retour du marché à son état de déséquilibre. Preuve en est les données mensuelles sur la production de l’Opep diffusées, hier, par l’Organisation.

En effet, le rapport mensuel de l’Opep lève le voile sur une hausse de sa production en juillet, tirée essentiellement par le Koweït, le Nigeria et les Emirats Arabes Unis. Les pays membres de l’Opep ont pompé 32,32 millions de barils par jour (mbj) en juillet, soit une augmentation de 40.700 barils/jour par rapport à juin. Au tableau des performances figurent des pays comme le Koweït (+78.500 bj sur un mois), le Nigeria (+70.500 bj) et dans les Emirats Arabes Unis (+69.200 bj). L’Iran a, en revanche, vu sa production fléchir de -56.300 bj, tandis que son ennemi juré, l’Arabie saoudite en l’occurrence, a enregistré une baisse de -52.800 bj de sa production.

La Libye (-56.700 bj) et le Venezuela (-47.700 bj), affectés par des troubles internes, continuent d’afficher les pires contreperformances de leur histoire. L’épineux sujet de la production et de la conformité des membres aux accords de décembre 2016, révisés en juin pour que les taux de conformité reviennent à 100% après avoir atteint 165%, s’invitera inévitablement aux discussions de septembre, à Alger. C’est un sujet de frictions entre l’Arabie Saoudite et la Russie d’un côté et l’Iran de l’autre. La réunion de l’Opep et de ses partenaires non-Opep, prévue en septembre à Alger, s’annonce en tout cas très tendue ; les tensions géopolitiques et les désaccords sur la production marqueront sans nul doute les débats, alors que l’Arabie Saoudite et la Russie n’excluent pas une nouvelle hausse de la production.