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Le calme est revenu hier à Harare, capitale du Zimbabwe, après les journées meurtrières qui ont suivi l’annonce des résultats du scrutin. Au lendemain de cette annonce, l’opposition a crié au scandale, des manifestants sont sorties dans la rue pour dénoncer la «fraude» et six personnes ont perdu la vie après l’intervention musclée des forces de de sécurité. Une vingtaine d’opposants ont été également arrêtés au siège de leur parti devaient comparaître devant la justice hier, à Harare.

Après sa victoire contestée, le président sortant Emmerson Mnangagwa a appelé à l’apaisement dans l’espoir de tourner la page de l’ère Mugabe. M. Mnangagwa, qui a obtenu de justesse la majorité (50,8%) des voix , joue la carte la carte de l’apaisement. L’élection de lundi marque «un nouveau départ» pour «construire un nouveau Zimbabwe pour tous», a-t-il déclaré, appelant à l’unité. Il a promis une enquête indépendante sur les violences de mercredi et dénoncé l’intervention musclée de policiers qui ont retardé vendredi une conférence de presse de l’opposition. Ce genre de comportement de la police «n’a pas de place dans notre société», a-t-il assuré. Il a aussi défendu la légitimité de son élection, assurant qu’elle avait été «libre, juste et crédible».

Nelson Chamisa, le jeune chef de l’opposition de 40 ans, a de nouveau dénoncé des fraudes. «Nous avons gagné, mais ils ont déclaré le contraire. Vous avez voté et ils ont triché», a-t-il lancé sur son compte Twitter. «Nous faisons tout pour sécuriser votre vote et défendre votre volonté», a-t-il assuré.

Le MDC a décidé de choisir la voie légale pour dénoncer les résultats. Une fois officiellement
saisie, la justice aura 14 jours pour se prononcer.  Le vainqueur sera alors investi président dans les 48 heures. Washington, tout en déplorant les violences qui ont émaillé la semaine, a «encouragé» vendredi dernier «tous les responsables politiques à montrer de la magnanimité dans la victoire et de la courtoisie dans la défaite».

Emmerson Mnangagwa, arrivé au pouvoir en novembre à la faveur d’un coup de force de l’armée qui a contraint Robert Mugabe à démissionner, a obtenu cette semaine dans les urnes la légitimité du pouvoir. Il a même conforté son pouvoir à l’Assemblée nationale lors des législatives organisées en même temps que la présidentielle : son parti, la Zanu-PF, a raflé les deux-tiers des sièges. L’ex-bras droit de Robert Mugabe, soucieux de se démarquer de l’ancien président autocrate, s’était engagé à organiser des élections libres, pacifiques et justes.

Les précédents scrutins sous l’ère Mugabe avaient été marqués par des fraudes à grande échelle et des violences. En 2008, plus de 200 partisans de l’opposition avaient été tués.

Dans leurs rapports préliminaires rendus avant l’annonce des résultats, les observateurs internationaux ont salué le déroulement du vote. Mais l’Union européenne a dénoncé l’ «inégalité des chances» entre les candidats, rappelant que M. Mnangagwa dispose du soutien de l’armée et contrôle les médias d’Etat. Amnesty International s’est inquiétée de son côté de «l’arrestation arbitraire d’au moins 60 personnes en sept jours».

Elle a appelé le nouveau président à «tenir ses promesses» en «ordonnant aux forces de sécurité de mettre fin à leur campagne brutale de torture, d’intimidation et de suppression de voix dissidentes».n