Venezuela

Des centaines de chauffeurs de bus ont bloqué vendredi dernier les artères principales de Caracas avec leurs véhicules pour protester contre la pénurie et le coût inabordable des pièces de rechange, au premier jour du recensement des véhicules pouvant accéder à l’essence et aux pièces automobiles subventionnées, une opération qui se terminera aujourd’hui dimanche.

Cette mesure fait partie d’un plan de régulation de la vente de l’essence la moins chère du monde: avec un bolivar on peut acheter actuellement 3,5 millions de litres, en raison de la spirale inflationniste. Pareil tarif ne permet pas de couvrir les coûts de production et encourage la contrebande, selon les observateurs. En fonction du modèle du véhicule, un pneu de bus peut coûter entre 600millions et 1 milliard de bolivars, soit 170 et 280 dollars au marché noir, alors que le prix d’un ticket de bus, 15.000 bolivars, vaut moins d’un demi-centime de dollar. Nicolas Maduro a donc proposé le 29 juillet que la vente de carburant soit régulée au moyen du « carnet de la patrie », une carte électronique dotée d’un code permettant d’acheter des biens de première nécessité subventionnés. L’opposition a dénoncé cette mesure qualifiée de « contrôle social ». « Ce dont nous avons besoin, c’est de matière première pour travailler », a déclaré à l’AFP Hugo Ocando, dirigeant du syndicat des travailleurs des transports. Environ 90% de la flotte de transport public est paralysée par des problèmes de vétusté et de pannes. Selon le gouvernement, plus de 500.000 personnes ont fait recenser vendredi dernier leur véhicule à travers le pays. Et le « carnet de la patrie » a déjà été remis, depuis sa mise en place, à 12 millions de personnes, sur un total de 30 millions de Vénézuéliens. Au plan politique, le pays a célébré hier le premier anniversaire de l’Assemblée constituante, qui a permis au gouvernement socialiste du président Nicolas Maduro d’asseoir son pouvoir et de neutraliser l’opposition. La Constituante, composée uniquement de partisans du chef de l’Etat et contestée par l’opposition, dispose de prérogatives élargies: elle convoque des élections, destitue des fonctionnaires et vote des lois. Elle s’est attribuée la plupart des compétences du Parlement. Profitant des divisions de l’opposition et de l’échec des négociations avec le gouvernement, la Constituante a avancé l’élection présidentielle, qui a vu, le 20 mai, la réélection de Maduro jusqu’en 2025. En 2017, les constituants ont également convoqué des élections régionales, pour désigner les gouverneurs des Etats, et municipales. Le chavisme, le courant politique au pouvoir, s’est largement imposé à chaque fois. Une fois Maduro réélu, cette instance toute puissante fait un geste en libérant 120 opposants qui étaient derrière les barreaux. On attend à ce qu’elle rédige la nouvelle Constitution du pays, une échéance retardée.