C’est dans un blanc immaculé en marbre de Carrare que la statue d’« Aïn El Fouara», surplombant fièrement la fontaine, a retrouvé sa place au cœur de la ville de Sétif, dans une ambiance festive
et de liesse des Sétifiens heureux de retrouver leur belle dame.

La statue emblématique de Sétif «Aïn El Fouara», resplendissante après sa restauration, a été dévoilée dans la matinée d’hier dans une ambiance festive emplie de joie et de youyous, lors d’une cérémonie officielle en présence du ministre de la Culture Azzedine Mihoubi, accompagné d’une délégation d’officiels, ainsi que de nombreux habitants de la capitale des Hauts-Plateaux venant admirer la beauté retrouvée de l’œuvre restaurée du sculpteur Francis de Saint Vidal devenue l’emblème de la ville depuis plus d’un siècle.

La statue qui a bénéficié d’un véritable bain de jouvence était au centre de tous les regards, heureux de retrouver ce symbole de tolérance et s’abreuver à la fontaine elle aussi restaurée après plusieurs mois.

Lors de cette cérémonie, le ministre de la Culture a souligné que la statue a été restaurée à titre gracieux par des compétences algériennes relevant des établissements culturels en charge de l’archéologie. «Les seuls frais qui ont été déboursés sont ceux de l’acquisition des matériaux nécessaires pour cette opération », précise-t-il face à la caméra des médias présents sur place.

Dans les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux et sur les Chaînes TV, l’émotion est palpable parmi les habitants de la ville. A l’instar de la dame d’un certain âge confiant, la voix enrouée par la joie : «J’ai pleuré de tristesse le jour où elle a été démolie et je pleure aujourd’hui de la joie de la retrouver.»

C’est tout naturellement que les jeunes de la région ont renoué avec la tradition de se prendre en photos à côté de la fontaine, que les passants s’abreuvent à son eau fraîche et que les vieilles en mlayas, accompagnées de jeunes filles pour accomplir le rituel du henné qui se transmet de mère en fille depuis plus d’un siècle.

Pour rappel, en décembre passé, un déséquilibré mental, avait vandalisé l’emblème de la ville qui trône au cœur de Sétif depuis 1898. L’homme, à l’aide d’un marteau, avait complètement défiguré la dame, et s’est attaqué à sa poitrine et à l’une de ses mains avant d’être maîtrisé par la police.

Victoire de la beauté sur les idées rétrogrades

La dégradation sauvage de la statue avait soulevé une forte polémique qui a pris une ampleur nationale atteignant même l’enceinte de l’Hémicycle. En effet, au mois de mars passé, lors d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN), une députée avait demandé que la statue soit éloignée des regards des passants et remisée au musée en soutien à une campagne d’extrémisme. Le ministre de la Culture avait répliqué que « ce n’est pas la statue de Aïn El-Fouara d’aller au musée, mais ceux qui appellent à sa mise au musée d’y aller ». Azzedine Mihoubi avait ainsi affirmé que le monument, classé par le secteur de la culture « bien immobilier par destination », «demeurera à sa place et ne sera jamais déplacé au musée». Martelant que « le déplacement de la statue constituerait un précédent grave qui ouvrirait le champ à des opérations de déplacement de toutes les statues du pays ».

L’expertise algérienne pour un résultat performant

A propos des détails de la restauration de la statue emblématique, l’expert en restauration mandaté par le secteur de la culture, Bensalah Abdelkader, avait déclaré dans nos colonnes que le travail en restauration consiste plus précisément à reproduire les parties endommagées dans un marbre de qualité similaire. «Nous utilisons du marbre de Carrare en poudre que nous avons trouvé en Algérie, des colles époxy et polyester fabriquées ici», explique ainsi le restaurateur, en ajoutant que «la statue a été défigurée et les deux seins ont été détruits. Il a fallu la restituer avec des photos anciennes et une technique de photogrammétrie en trois dimensions grâce à la contribution de l’université de Sétif. Cela a permis de réaliser une première restitution en plâtre afin de vérifier les mesures. » La dernière ligne droite de cette phase de restauration a été de mouler le visage dans une silicone également fabriquée en Algérie. Les parties endommagées ont été recréées grâce à un mélange de poudre de marbre de Carrare et de colle époxy pour un résultat bluffant que tous les Algériens peuvent admirer, aujourd’hui, en toute liberté.