La Corée du Nord revient au-devant de la scène mondiale et Pyongyang pourrait être le théâtre d’une confrontation à distance entre Moscou et Washington. Les deux capitales, qui ne s’entendent sur rien ou presque, voient leur relation se tendre cette fois sur le dossier du nucléaire nord-coréen. Tout commence par ce rapport d’experts envoyé au Conseil de sécurité et rendu public hier. Selon ce document, la Corée du Nord n’a pas mis fin à son programme nucléaire et a eu recours à des transbordements illégaux de produits pétroliers en mer, de bateau à bateau, pour contourner les sanctions des Nations unies.

Les auteurs dont l’identité n’était pas encore précisée hier affirment que ce pays « n’a pas stoppé ses programmes nucléaire et balistique et a continué de défier les résolutions du Conseil de sécurité à travers une hausse massive des transferts illicites de produits pétroliers en mer en 2018 ».

Le panel d’experts de l’ONU a également pointé des violations d’une interdiction d’exportation du charbon, du fer et d’autres marchandises nord-coréennes qui ont rapporté plusieurs millions de dollars au régime de Kim Jong Un. Ces violations ont rendu le dernier train de sanctions adopté l’an dernier « sans effet » en bafouant les restrictions imposées par l’ONU, ajoute le texte. Pour les Etats-Unis, l’un des coupables de cette situation est la Russie qui ne respecterait pas les sanctions internationales imposées à la Corée du Nord. Selon le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, Mike Pompeo, Moscou continue à faire affaire avec des Nord-Coréens et d’offrir du travail aux travailleurs expatriés nord-coréens, source importante de revenus pour le régime de Pyongyang. « Ce serait une violation des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies » et « toute violation » sera « prise très au sérieux par les Etats-Unis », a-t-il lancé, promettant d’en parler avec Moscou. M. Pompeo s’exprimait à l’occasion d’une conférence de presse en marge d’un forum de l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) à Singapour. Il a insisté sur « l’importance de maintenir la pression diplomatique et économique sur la Corée du Nord, afin d’arriver à une dénucléarisation définitive et totalement vérifiée à laquelle la Corée du Nord s’est engagée ». Il a indiqué avoir l’intention d’aborder la question avec son homologue russe Sergueï Lavrov alors que Moscou s’agace des exercices militaires en Géorgie. Vendredi dernier, une porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères y a réagi en déclarant que la Russie n’est pas d’accord avec l’opinion de la Géorgie selon laquelle les manoeuvres militaires Noble Partner 2018 auraient pour but de promouvoir la stabilité et la sécurité. Maria Zakharova a ajouté que l’objectif réel des exercices est de faire pression « principalement sur l’Abkhazie, l’Ossétie du Sud et la Russie », ce qui pourrait avoir pour conséquence un « renforcement des sentiments militaristes » et une escalade des tensions, qui pourrait concerner indirectement la péninsule coréenne.

Un dossier qui patine

A ce sujet, sans doute pour relativiser l’absence de progrès dans le dossier du nucléaire nord-coréen, le chef de la diplomatie américaine a déploré que certains pays, la Chine et la Russie en tête, aient commencé à relâcher la pression sur Pyongyang. Il a nouvelle fois, interpellé Moscou et salué l’engagement de la Chine et de son ministre des Affaires étrangères Wang Yi, qui lui a promis, a-t-il dit, de continuer à appliquer les sanctions. Interrogé par Channel NewsAsia, il a dû admettre que « le calendrier final pour la dénucléarisation sera fixé par le président Kim, au moins en partie ». « Le président Kim a pris un engagement », a martelé le chef de la diplomatie américaine, celui « de dénucléariser son pays ». « Je dois dire, après mes réunions ici, que le monde est uni vers cet objectif ». Mais « nous savons tous que cela prendra du temps », a-t-il ajouté. Mike Pompe a indiqué avoir demandé aux membres de l’Asean « d’appliquer strictement toutes les sanctions, y compris la cessation totale de transferts illégaux de pétrole entre navires » à destination la Corée du Nord. Le patron du State Department est chargé, côté américain, des négociations pour la mise en oeuvre de cet engagement, mais les tractations patinent.

«Je n’ai pas rencontré les Nord-Coréens » lors des réunions de Singapour, a-t-il reconnu, malgré la présence de son homologue Ri Yong Ho. Il n’a pas dit si une telle rencontre pouvait avoir lieu avant son départ hier samedi après-midi.  Après une escalade des tensions sans précédent en 2017, ponctuée par des tirs de missiles et un essai nucléaire majeur de la part du régime reclus de Pyongyang, ainsi que par des sanctions internationales de plus en plus strictes en retour, l’année 2018 a été marquée par un dégel spectaculaire. Il a abouti au sommet historique le 12 juin dernier, à Singapour, entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Ce dernier a réaffirmé son engagement en faveur d’une « dénucléarisation complète de la péninsule coréenne », une vague déclaration d’intention sans calendrier ni modalités, bien loin de la dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible» qu’exigeaient les Etats-Unis.