Le célèbre commentateur sportif algérien Mohamed Sellah, qui avait l’art de tenir son public en haleine à la radio et à la télévision et qui, d’ailleurs, avait ému les fans des Verts lors de la Coupe du Monde 1982, s’est éteint.

Le « speaker » a rejoint sa dernière demeure, hier, au cimetière de Garidi (Alger) à l’âge de 82 ans. Le regretté s’est éteint lundi dernier à son domicile à Aïn-Taya (Alger) des suites d’une longue maladie.
Né en 1936 à Damas, le défunt a débuté sa carrière de commentateur sportif en 1963. Il a d’abord exercé le métier de speaker à l’ex-Radiodiffusion télévision algérienne (RTA), avant de percer dans sa carrière en tant que journaliste sportif avec la création du service des sports de la Chaîne I en 1972, au lendemain des Jeux africains de Lagos.
De la Syrie, Mohamed Sellah rejoint la Tunisie. Et c’est d’ailleurs chez nos voisins tunisiens que Mohamed Sellah connaît ses premiers pas dans le domaine du football en débutant à l’Espérance de Tunis dans les catégories minimes et cadets avant de rejoindre le Stade populaire de Tunis en séniors durant les années 1954-1955.
Mohamed Sellah rejoint l’Algérie et c’est là que les circonstances font qu’il devient commentateur sportif. On est en 1963 et c’est cette année-là que Sellah connaîtra les studios de la Radio nationale où il débute donc cette carrière qui sera l’une des plus riches qu’un journaliste sportif pourrait réaliser. Et là, il est important de signaler qu’à cette époque, il n’y avait pas de rédaction sportive à la radio. Sellah raconte d’ailleurs avec grande émotion son premier reportage. Ironie du sort, cela s’est passé lors d’un match Algérie-Tunisie. Ce fut la première fois qu’un match était commenté en Algérie en direct et en langue arabe. Le match se jouait au stade El Annaser en nocturne (actuellement 20-Août 1955). Lui et son collègue Abdelkioum Boukaâbahce ont rempli parfaitement leur mission. Et leur carrière était bien lancée. Ainsi, Mohamed Sellah aura le privilège de devenir le responsable du service des sports de la radio au lendemain des jeux Africains de Lagos en 72.

Son meilleur souvenir : 1982
On ne devrait même pas lui demander quel a été son meilleur souvenir. D’aucuns savent que c’était ces moments « historiques » et « exceptionnels » de la victoire de l’Algérie sur l‘Allemagne lors du Mondial espagnol en 1982. Lorsque Belloumi avait marqué le deuxième but de la victoire, Mohamed Sellah est subitement tombé dans un état second. Il ne cessait de répéter ces expressions devenues célèbres autant que cette victoire : « Hadef Belloumi, Hadef Bellioumi » avant d’enchainer « Madjer-Belloumi, Madjer-Belloumi » et enfin « Madjer-Belloumi et avec eux Zidane… ». Sellah était tellement en extase qu’il jubilait comme un petit enfant !
Quant à cette histoire d’avoir refusé de céder l’antenne à la speakerine pour passer l’Adhan de la prière d’Al-Asr, Mohamed Sellah lui-même nous l’a confié : « J’ai juste fait la remarque qu’il ne restait que 30 ou 40 secondes à jouer et c’est justement à ce moment précis que l’arbitre avait sifflé la fin de la partie ». « Evidement que c’est le meilleur souvenir de ma carrière. »
D’ailleurs ce souvenir Sellah l’a très bien partagé avec notre collègue Redouane Bendali avec qui il s’était retrouvé sur le pupitre du stade de Gijón en train de danser et de manifester leur joie, comme l’a si bien raconté Bendali lui-même.

Près de 50 années de services
Mohamed Sellah était très admiré par le grand public algérien avec son cri de joie annonçant le deuxième but de l’Algérie contre la RFA en Coupe du monde 1982 en Espagne. Un moment resté très longtemps gravé dans les mémoires des Algériens. Mohamed Sellah a pris sa retraite en 1996 après avoir été au service de la Radio algérienne durant près de cinquante années. Toutefois, il n’a pas quitté les stades. Lui qui est sollicité par des collègues pour des avis et commentaires sur des évènements sportifs.
Quant au football, il n’a cessé de jouer avec la sélection nationale de la presse sportive où on se régalait sur et en dehors du terrain avec ces anecdotes et histoires croustillantes qu’il se faisait un plaisir de partager avec ses confrères.
Avec le décès de notre confrère Mohamed Sellah, c’est une certaine image des meilleurs moments de notre football qui est partie. Une page qui se tourne avec une époque qui comptait des amoureux du métier de commentateur sportif tels, entre autres, El Hachemi Hantaz, Boukaâbache, Chadli Boufaroua.

Adieu l’ami…
Sellah admirait le beau jeu et c’est ainsi qu’il nous a rappelé à chaque fois ses autres meilleurs souvenirs comme « cette équipe du CRB des Lalmas, Selmi, Achour, Kalem qui m’emplissait de bonheur tout comme celle du MC Alger de 1976 ». Pour lui « Rachid Mekhloufi m’imposa le plus grand respect… Et j’admire aussi les talents de Betrouni, Madjer Draoui et Merzekane…» nous avait-il confié un jour. C’est dire combien ce beau football s’est éloigné de notre environnement. D’ailleurs Mohamed Sellah le disait il y a quelques mois : « Notre football a considérablement régressé à tous les niveaux. Avec cette agonie et cette dégénérescence, disait-il, on ne pourra pas endiguer la violence qui a atteint véritablement des proportions dramatiques… ».
Mohamed Sellah nous a quittés, lundi dernier, à jamais, certes, mais son image, son sourire, sa gentillesse resteront gravés tout comme ces fameux cris de joie  lors de la victoire de l’Algérie face à la RFA en 1982. Mohamed Sellah a été inhumé hier au cimetière de Garidi (Kouba, Alger) après la prière du Dohr en présence d’une grande foule dont des anciens collègues et des responsables dans les différentes disciplines sportives.