La crise libyenne sera aujourd’hui au cœur d’une conférence internationale sous l’égide de l’ONU, destinée à ouvrir la voie à un règlement politique consensuel et à un accord sur des élections avant la fin de l’année.

C’est la capitale française qui accueille cette importante rencontre où les principaux responsables libyens seront invités à se mettre d’accord pour un processus de règlement de la crise.
La conférence verra la participation des quatre principaux acteurs politiques libyens : le Premier ministre Fayez Al-Sarraj, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’Est du pays, le président de la Chambre des représentants Aguila Salah Issa et celui du Conseil d’Etat Khaled Al-Mishri, ainsi que des chefs de milices, dont le chef des brigades de Misrata, et d’autres responsables venant de toutes les villes libyennes. Les différents acteurs ont donné leur accord sur une déclaration qui «fixe le cadre d’un processus politique» prévoyant la tenue d’élections législatives et présidentielle d’ici la fin de l’année. Cet engagement sera pris en présence de représentants de 19 pays impliqués dans le dossier : les cinq pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Italie, ancienne puissance coloniale, les pays voisins (Algérie, Egypte, Tunisie, Tchad, Maroc), ainsi que d’autres pays comme les Emirats, le Qatar, le Koweït et la Turquie. L’Algérie qui a joué «un rôle important» dans les négociations selon l’Elysée sera représentée par le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Il s’agira pour cette rencontre d’engager «la responsabilité de la communauté internationale» sur l’avenir de la Libye, un pays déstabilisé depuis l’intervention de l’Otan et où les trafics d’armes, de drogue et d’êtres humains y prospèrent en l’absence des institutions de l’Etat. Les efforts diplomatiques pour mettre fin à la crise se sont poursuivis, menés par l’ONU et les pays d’Afrique du Nord. Les ministres des Affaires étrangères d’Algérie, d’Égypte et de Tunisie ont réitéré, le 21 mai à Alger, leur convergence de vue sur la nécessité du règlement de la crise libyenne, qui ne saurait être que politique. La nécessité d’organiser des élections afin de mettre en place des institutions légitimes.  

Référendum sur la Constitution
La question de l’organisation d’élections en Libye suscite déjà l’engouement. Une campagne d’inscription sur les listes électorales a vu l’enregistrement de 2,7 millions de Libyens, dont 43% de femmes, sur les six millions d’habitants.
Reste que la situation sécuritaire actuelle pourrait bien compliquer l’organisation de tout scrutin, d’où la nécessité d’un accord préalable entre les parties. Le maréchal Haftar a ainsi récemment lancé une opération sur Derna, une ville côtière à 1000 km à l’est de Tripoli contrôlée par une coalition de milices et de mouvements extrémistes. En Libye les milices, comme à Misrata, font toujours la loi. Et l’unification des forces de sécurité est l’un des objectifs de la feuille de route qui devrait être actée aujourd’hui. Le plan d’action de l’ONU prévoit qu’un projet de Constitution puisse être soumis à référendum. La mise en place d’une Constitution pourrait bien constituer un préalable à tout processus électoral crédible. La réconciliation nationale sera également l’un des chantiers à mettre en place dans ce pays déchiré. Ce processus politique reste l’une des voies inévitables pour tout règlement de la crise libyenne. L’Algérie, qui a contribué à la recherche d’une solution politique a toujours prôné le dialogue inclusif comme «seule et unique option» pour parvenir à une solution politique à l’abri des ingérences étrangères. Parmi les objectifs du texte qui sera présenté aujourd’hui : la simplification des institutions libyennes, le renforcement de la sécurité, l’unification des forces de sécurité libyennes, l’engagement de tenir les élections avant la fin de l’année et la garantie de leur bon déroulement dans la transparence. La mise en route du processus de paix et de règlement de la crise libyenne aura des chances de s’enclencher même si des appréhensions subsistent sur un éventuel désaccord de certains acteurs sur le terrain. Une autre réunion est prévue dans deux ou trois mois pour suivre l’accord et mettre les acteurs devant leurs responsabilités. Il faut dire que malgré la signature en décembre 2015 d’un accord politique sous le parrainage par l’ONU par les différents acteurs libyens et la nomination d’un gouvernement d’unité soutenu par la communauté internationale, la Libye reste instable, politiquement déchirée entre l’Est et l’Ouest. L’envoyé de l’ONU pour la Libye, le Libanais Ghassan Salamé, a proposé en septembre 2017 un plan d’action qui comprend l’amendement de l’accord politique et la tenue d’élections présidentielle et législatives. Devant le Conseil de sécurité de l’ONU Salamé a récemment exhorté les parties prenantes à se concentrer sur la tenue des prochaines élections. Un processus qui nécessite le préalable d’un accord politique global.