L’absence de Sofiane Feghouli et Raïs M’bolhi du stage de l’Equipe nationale, qui débutera demain, fait toujours couler beaucoup d’encre. Les deux internationaux algériens n’ont pas répondu favorablement à la convocation du sélectionneur Rabah Madjer qui les avait retenus avec 22 autres Dz.

On ne peut pas dire que les arguments avancés pour expliquer leurs décisions soient infondés. Retour sur les raisons de ces forfaits que certains interprètent comme une forfaiture.
Pour être clair, il y a le refus et il y a le mépris. On ne peut pas dire que ces deux-là aient manqué de respect à l’institution Equipe nationale. D’une part, il y a les rapports tendus que « Soso » et « Raïs » entretiennent avec Rabah Madjer, actuel driver des Verts.
D’autre part, il y a un précédent récent avec l’un de leur compère, à savoir Saphir Taïder, qui n’a pas eu ce minimum de respect de la part de son sélectionneur que des joueurs comme Feghouli et M’Bolhi devraient avoir pour tous les «loyaux services rendus à l’Equipe nationale».
Les guillemets s’imposent dans la dernière parce que c’est exactement la même expression qu’avait sortie le coach des «Fennecs» pour justifier le rappel du gardien Faouzi Chaouchi au sein du «Club Algérie » après une très longue absence. «Je l’ai convié pour les services rendus à l’Equipe nationale. C’est un garçon qui a des qualités. Il ne faut pas oublier qu’à une époque, c’était l’un des meilleurs à son poste. Je n’ai pas la mémoire courte », avait déclaré Madjer le 10 novembre dernier lorsqu’il a évoqué le retour du turbulent portier.
Au même moment, il n’avait pas manqué de signifier que le glas avait sonné pour la carrière internationale de M’bolhi qui, à l’époque, était au plus mal car il ne jouait pas avec le Stade rennais. La retraite lui était promise selon les dires du successeur de Lucas Alcaraz qui voulait « rajeunir le poste de gardien de but.» Raïs s’en souviendra toujours. Il prendra sa revanche. Par deux fois.

Pas là pour être les dindons de la farce
On le sait tous, les deux éléments en question ont du caractère. Au sein d’ « El-Khedra » c’est des leaders par excellence. Ils ont toujours leur mot à dire au sein de l’EN. Ce n’est pas pour rien que Madjer avait décidé de s’en «débarrasser» parce qu’il avait peur pour son job. Il craignait qu’ils retournent le vestiaire contre lui. Il avait donc décidé de les écarter afin d’éliminer ce risque-là.
Cependant, après la défaite contre l’Iran en mars dernier, des bruits de couloir ont fait état d’une cassure entre Madjer et certains éléments influents qui se sont rendu compte que ses aptitudes de techniciens étaient limitées. L’urgence était de colmater les fissures. Rien de mieux que de rappeler les « bannis » d’hier dans l’espoir de gagner leur sympathie et faire en sorte d’apaiser un peu les esprits en y mettant l’ « ambiance » bon enfant que le légendaire numéro 8 du FC Porto aime tant.
Mais Feghouli et M’bolhi ne l’ont pas entendu de cette oreille. Le traitement qui leur a été réservé par le passé leur a, décidément, fait mal. D’autant plus qu’ils traversaient des passes difficiles en carrière. Le keeper n’avait pas de temps de jeu à Rennes comme le milieu-offensif cirait le banc à West Ham (Premier League). C’était avant le mercato d’hiver qui leur a permis de se ressusciter. Le gardien de l’EN a retrouvé ses sensations avec l’Ittifaq FC (Arabie Saoudite) tandis que le numéro 89 de Galatasaray a été sacré champion en Turquie participant activement à ce triomphe avec ses 6 buts et 8 passes décisives en 27 apparitions en championnat. La conjoncture et la posture ont changé. La position de Madjer aussi. Fragilisé par les derniers résultats, sa demande d’aide auprès de deux « bannis » est restée sans suite.

Un refus « gentil » face au mépris
Il faut aussi reconnaître que le duo ne savait pas trop à quoi s’en tenir. Ni le sort qui lui sera réservé lors du regroupement et les deux matchs amicaux contre le Cap-Vert (1er juin) et le Portugal (7 juin). Et ce n’est pas le « cas Taïder » qui est susceptible de les rassurer. Pour rappel, le joueur de l’Impact Montréal a fait des milliers de kilomètres pour ne jouer aucune minute lors des deux rencontres de mars contre la Tanzanie et l’Iran. Une insulte pour un footballeur.
Par ailleurs, pour expliquer sa non-venue, M’bolhi a évoqué son « manque de compétition car à l’arrêt depuis le mois d’avril (date de la fin du championnat saoudien) ». Une pique adressée à Madjer qui a toujours expliqué sa mise à l’écart par ce même argument. De son côté, Feghouli s’est fendu d’un message sur Twitter. « En raison d’une blessure au tendon d’Achille contractée il y a 4 à 5 mois, j’ai décidé d’un commun accord avec le staff médical de Galatasaray de forcer et de continuer à jouer malgré la douleur et la gêne chaque jour plus grande. Je voulais aider mon club à atteindre son objectif de remporter le titre de champion. Une fois la saison terminée, j’ai procédé immédiatement à un lavage de la blessure et à un traitement de la zone sensible. Je suis donc à l’arrêt pour 3 semaines depuis le dernier match (disputé le 19 mai, ndlr) afin de pouvoir me reposer, me soigner et préparer la saison prochaine dans les meilleures conditions physiques. Ainsi, c’est avec regret que je dois renoncer à participer au prochain rassemblement de l’Équipe nationale algérienne. La FAF et son docteur ont été mis au courant par moi-même par le biais d’un courrier officiel accompagné des images de l’IRM effectué à Istanbul. Paix et bénédiction sur vous et vos familles », a publié l’ancien joueur du Grenoble Foot 38.
Tout dans le respect de la part de ces deux Fennecs dont la décision doit être respectée. Sans polémiquer ou leur imputer un manque de patriotisme qu’on sort à tout bout de champ pour envoyer des personnes à la potence. Du calme, ce n’est que du football dicté par des rapports d’hommes. Après tout, c’est des humains qui ont le droit d’avoir des émotions et des réactions. Loin de l’exagération et la disproportion.