La Journée internationale de l’Afrique, célébrée jeudi dernier à Alger, a été riche en messages et en mises au point. Profitant de cet évènement, célébré à l’occasion de la création, il y a 55 ans, de l’Organisation de l’Union africaine, actuellement Union Africaine, le chef de la diplomatie a fait des rappels des principes fondamentaux de la politique africaine de l’Algérie, notamment sur l’épineuse question de la sécurité.

Selon la déclaration intéressante d’Abdelkader Messahel, l’enjeu en Afrique aujourd’hui consiste à limiter au mieux l’intervention des acteurs internationaux dans le règlement des conflits dans le continent. Il s’agit, pour ses Etats, a indiqué le ministre des Affaires étrangères, de « prendre en main leur sécurité à travers une démarche d’appropriation et de promotion du dialogue et de la réconciliation afin de parvenir à des solutions politiques durables ». En fait, l’Algérie plaide pour un agenda africain pour le règlement des problèmes de l’Afrique. C’est sans doute un souhait eu égard à la réalité du terrain, ce sentiment représente au moins ce que veut et ne veut pas notre pays en ce qui concerne les solutions à trouver aux conflits qui continuent de marquer l’actualité africaine. Sur ce point, les observateurs ont relevé la particulière insistance du chef de la diplomatie algérienne à mettre l’accent sur la situation dans le proche voisinage de l’Algérie. «Cela est valable au Sahel, au Mali, en Libye », a dit M. Messahel. Son propos résonne de la crainte avérée des effets de ce que certains appellent déjà «l’embouteillage sécuritaire» au Sahel. Dans cette partie de l’Afrique, les initiatives sécuritaires étrangères se multiplient créant une militarisation croissante de la sous-région, pas seulement au Mali, mais au Niger également, en passe de devenir une base importante pour des forces étrangères, françaises mais aussi américaines, dont la présence passe mal aux yeux de populations locales sans encadrement politique et sans programme de développement socio-économique. Pour Agadez, au Niger, par exemple, outre la plateforme de soutien à l’opération française Barkhane, on parle également de base pour des drones occidentaux dont américains.
Les initiatives africaines, parrainées par des puissances étrangères comme le G5 Sahel, par exemple, peinent à s’affirmer comme étant des résolutions et des décisions proprement locales alors que les moyens qui sont mobilisés pour leur concrétisation restent dérisoires par rapport au déploiement militaire massif occidental à propos duquel on parle d’«expérimentation des nouvelles formes de guerre au 21e siècle ». La lutte armée contre les groupes terroristes, si elle a permis de gagner des points, n’a pas encore prouvé sa totale efficacité et son bilan véritable est à faire depuis 2013, année durant laquelle la France a lancé son opération Serval (aujourd’hui Barkhane). Sur ce point, peut-être faut-il établir le parallèle entre les propos diplomatique du chef de la diplomatie algérienne appelant à l’« appropriation » d’une démarche commune aux Africains et ce que dit sans prendre de gants cette experte de l’International Crisis Group qui affirme, selon l’AFP, qu’« après six ans d’interventions militaires ( …), nous n’avons pas vu les dividendes de tous ces engagements armés ». En Libye, pays fragmenté, les ambitions internationales, notamment pour l’accès à une partie des richesses pétrolières et du sous-sol de ce pays, ne sont pas un mystère. Elles ont tendance à influencer les acteurs libyens eux-mêmes, à aiguiser leurs divergences d’intérêts et de pouvoir, ainsi que de peser sur le processus onusien censé réaliser la convergence dont ils ont besoin pour stabiliser leur pays. Il s’agit, selon l’Algérie, d’insister sur l’invalidité de ce processus et de lui préférer, celui pertinent, d’une solution propre aux parties libyennes à l’abri des ingérences étrangères».
Des avancées sont réalisées dans ce sens, cependant, elles ne sont pas encore garanties de succès et restent très fragiles tant qu’il n’y a pas encore dans le pays des institutions fortes et légitimes.