L’Algérie, la Tunisie et l’Egypte ont réaffirmé, après la réunion ministérielle tripartite consacrée lundi à la Libye, la nécessité de la voie politique pour trouver une issue à la crise en Libye. Une position consensuelle entre les trois pays voisins de la Libye qui converge avec les efforts consentis par les Nations unies.

La réunion présidée par le ministre des Affaires étrangères Abdelkader Messahel avec ses homologues égyptien, Sameh Chokri, et tunisien, Khémis Jhenaoui, soulignera que «tout retard dans la résolution de la crise ouvrera la voie à davantage d’escalade, de violence, de terrorisme et de conflits».
Dans un communiqué final l’accent a été mis sur « l’importance de la mise en œuvre du plan d’action onusien », appelant toutes les parties libyennes à « davantage de concessions pour mettre l’intérêt national au-dessus de toutes autres considérations et à réaliser le consensus national pour dépasser l’étape de transition ».
Les trois ministres ont salué, à ce propos, les réconciliations instaurées au niveau local entre différents acteurs politiques et sociaux.
«La solution politique doit être interlibyenne et issue de la volonté et le consensus de toute la composante du peuple libyen », ont estimé les ministres rejetant toute forme d’ingérence étrangère en Libye qui mènerait à une escalade interne qui ne pourrait que faire déraper le processus politique et faire perdurer la crise qui menacera, dans ce cas, non seulement la sécurité et la stabilité en Libye, mais aussi celles des pays voisins.
Les trois pays ont convenu de renforcer les échanges d’informations et la surveillance de tout déplacement des éléments terroristes vers la région en provenance des foyers de conflits régionaux et internationaux.

Le risque de la multitude d’initiatives
Abdelkader Messahel avait réaffirmé durant cette rencontre que la solution politique basée sur le dialogue national et la réconciliation entre toutes les parties libyennes, loin du choix militaire, demeurait le seul moyen pour la résolution de la crise qui secoue ce pays d’Afrique du Nord depuis 2011. Le chef de la diplomatie a affirmé que « la multitude d’initiatives pour la résolution de la crise libyenne pourrait impacter le processus de règlement et approfondir les divisions internes ». En effet des initiatives de certaines parties étrangères sont devenues actives depuis peu, des démarches qui peuvent plutôt compliquer toutes convergences des acteurs sur le plan interne. Il y a lieu de rappeler que la Libye a basculé dans le désordre en 2011 sous l’effet d’une intervention étrangère qui a fait détruire le régime et fait assassiner le président Kadhafi. Aujourd’hui persistent des difficultés à entamer un rapprochement entre les principaux acteurs internes. Le chef de la diplomatie algérienne a relevé que « la persistance de la crise entrave les efforts consentis par le Conseil présidentiel du Gouvernement d’union nationale de Libye visant la prise en charge des besoins du peuple libyen sur le plan socioéconomique ». L’Algérie qui partage avec la Libye près de 1000 km de frontières redouble d’effort afin de garder le cap sur une solution politique. « L’Algérie, qui se positionne à équidistance entre toutes les parties libyennes, n’a ménagé aucun effort pour communiquer avec les frères libyens à tous les niveaux : politique, social et local en vue de réaliser les consensus nécessaires pour favoriser une solution politique », dira-t-il. La prochaine réunion tripartite devrait avoir lieu au Caire en Egypte à une date non encore fixée.

Des élections pour 2018
La feuille de route pour une sortie de crise en Libye présentée le 20 septembre et adoptée le 10 octobre, comprend un plan qui prévoit un amendement de l’accord politique libyen adopté en 2015, et l’organisation d’une conférence nationale en vue de rassembler les différentes parties libyennes autour d’un cadre institutionnel pour aboutir à des élections en 2018. Mais la situation est telle que l’organisation d’un scrutin de ce type demeure particulièrement compliquée à mettre en place. La situation sécuritaire est complexe en Libye et la tension entre l’Est et l’Ouest est toujours de mise avec des milices qui échappent à tout pouvoir central. Les Etats voisins semblent décidés aujourd’hui à mettre l’effort qu’il faut pour éviter à la Libye une situation qui pourrait être nuisible à l’ensemble de la région. En attendant, trois réunions du même format ont eu déjà lieu respectivement en juin 2017 à Alger, en novembre 2017 au Caire et en décembre 2017 à Tunis. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Libye, Ghassan Salamé, a appelé de son côté les dirigeants libyens à faire avancer le processus politique pour tenir des élections au plus vite. Lors d’une liaison vidéo avec les 15 membres du Conseil il dira que « les élections devraient se tenir au plus tôt » et que les conditions adéquates sont nécessaires, avec un nouveau cycle d’inscriptions électorales, un engagement à l’avance à respecter les résultats, et des arrangements financiers et en matière de sécurité. Il promettra de dévoiler des propositions pour un référendum ou des élections nationales lors d’une prochaine rencontre avec le Conseil de sécurité.