A quatre jours du transfert officiel de l’ambassade des Etats-Unis en Israël, de Tel-Aviv à Jérusalem Al Qods, l’Algérie a exprimé son rejet de la décision américaine de bouleverser une donnée politique et géopolitique en vigueur depuis mars 1949 et l’installation du premier ambassadeur US à Tel-Aviv, James Grover McDonald (le 28 mars 1949).

«La loi sur l’ambassade de Jérusalem», adoptée par le Congrès en 1995, oblige le gouvernement des Etats-Unis à transférer sa représentation diplomatique avant «le 31 décembre 1999» et à ce que la ville sainte «soit reconnue comme la capitale d’Israël». Mais elle n’a jamais été appliquée dans la mesure où elle permet aussi au président du pays de «reporter indéfiniment l’application de la loi si le déménagement présente des problèmes de sécurité nationale». Il a fallu l’arrivée du milliardaire Donald Trump aux affaires pour qu’il change de fond en comble la donne héritée de 1967 et de la «Guerre des Six-Jours» et fasse que les thèses israéliennes sionistes sur la Palestine soient davantage confortées au détriment des droits des Palestiniens à un territoire et à un Etat. Le refus algérien de cette situation, exprimé hier par le chef de la diplomatie, a paru diplomatique par le propos mais clair par le contenu.
M. Abdelkader Messahel, qui est intervenu à l’occasion d’une nouvelle session à Alger de la commission mixte de coopération entre l’Algérie et les Pays-Bas, a affirmé que «toute décision qui vise à altérer la nature, le statut ou la composition démographique» de la ville sainte ne sera «d’aucun effet juridique et sera nulle et non avenue». «Tout comme mon pays, votre pays, je le sais, demeure convaincu que le plus vieux conflit dans la région, celui du déni au peuple palestinien de son droit le plus élémentaire de vivre libre et indépendant, nécessite une paix juste, globale et durable sur la base de la solution à deux Etats et conformément au droit et aux décisions légales internationales», a-t-il ajouté devant le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Stef Blok.

Trump, tout pour Israël
De son côté, le ministre néerlandais des Affaires étrangères, aux propos certes moins engagés, a appelé la communauté internationale à ne manéger aucun effort pour aller vers une solution à deux Etats en Palestine afin de «sortir de la spirale négative». «Pour ce qui est du Moyen-Orient, les deux parties en conflit ne sont actuellement pas prêtes à négocier, nous devons inciter (toutes les parties) à faire un pas vers la solution à deux Etats afin que cette question sorte de la spirale négative», a-t-il dit.
La déclaration du ministre algérien des Affaires étrangère, aussi diplomatique qu’elle puisse paraître, prend tout son sens quand on lit les déclarations du secrétaire général du Front démocratique de libération de la Palestine, Qaïs Abd al-Karim.
Ce dernier, qui vient s’exprimer sur le site Ballast, explique que «la situation en Palestine a été évidemment compliquée par la décision de l’administration Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël. Mais il ne s’agit pas uniquement de cela, l’ambassade américaine va être déplacée, non seulement dans cette ville, mais de surcroît dans la partie Est de la ville, occupée par l’Etat d’Israël». «Cela signifie, précise le leader palestinien de gauche, que l’administration américaine reconnaît officiellement l’annexion illégale menée par les Israéliens de la partie ‘’Est’’ de la ville».
Le responsable du FDLP ajoute que le pouvoir israélien de droite se voit, aujourd’hui, «encouragé par les mesures du gouvernement de Donald Trump. Les dirigeants israéliens montrent actuellement leur vrai visage. S’ils ont, ces dernières années, évoqué à de nombreuses reprises une solution à deux Etats, la réalité est que la coalition de droite qui dirige l’Etat d’Israël fait en ce moment absolument tout pour saboter cette possibilité. Ils sont désormais clairement en train d’envisager d’annexer la Cisjordanie et de l’intégrer dans un grand Etat israélien qui contrôlerait toute la Palestine historique, de la rivière Jourdain jusqu’à la Méditerranée».
Il estime que le soutien musclé, et sans le moindre égard pour le droit international et les Nations unies, de Donald Trump aux Israéliens est «une tentative évidente d’élimination de la cause palestinienne, en plus d’une stratégie de diversion : dans le même temps, son administration continue de refuser à chercher des solutions à d’autres problématiques – comme celle des colonies».
Pour rappel, la Maison-Blanche a pris des mesures afin d’éluder la question des réfugiés sur la table des négociations et cherche à mettre fin aux aides de l’UNRWA, l’agence onusienne chargée du dossier.