En se retirant de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, le président américain Trump a déclenché un tollé de critiques de la part des anciens de l’administration Obama – à l’origine de l’accord en juillet 2015 – et de ses alliés à travers le monde.

Presque à l’unisson, beaucoup ont fait valoir que la perspective d’un accord avec la Corée du Nord semblait soudainement encore plus difficile. Dans une déclaration mardi, jour de l’annonce par Trump de sa décision de faire sortir les Etats-Unis de l’accord, Barak Obama, sans citer nommément son successeur à la Maison-Blanche,  a estimé que «le mépris systématique des accords auxquels notre pays est partie prenante risque d’éroder la crédibilité de l’Amérique […] et nous met en désaccord avec les grandes puissances mondiales». Du même avis, Tony Blinken, ancien secrétaire d’Etat adjoint qui a travaillé sur les négociations de l’accord avec l’Iran en 2015, a déclaré que la tâche de Trump avec la Corée du Nord est maintenant plus décourageante. «Après avoir rejeté un accord que les Iraniens respectaient, pourquoi Kim Jong Un devrait-il croire un mot que Trump dira au moment de négocier ? Pourquoi devrait-il croire tout ce que nous mettons sur papier si nous sommes prêts à le déchirer», s’est-il interrogé.
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le président Trump n’en est pourtant pas à son premier «accord» qu’il déchire au nez de ses partenaires : accord sur le climat et autant sur le commerce transnational. Malgré les inquiétudes exprimées, aussi bien par d’anciens diplomates qui ont participé aux négociations avec l’Iran que par des analystes politiques, il faut dire que l’Amérique, sous la présidence de Trump, n’a jamais été aussi «hégémoniste», appliquant, voire imposant un agenda «unilatéral». Parmi ceux-là, l’ancien ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, qui avait négocié l’accord sur le nucléaire iranien au nom de Paris. «Alors qu’on cherche à dénucléariser la Corée du Nord, la décision américaine offre un argument en or massif : lorsque la question des signatures va être posée, (…) est-ce que les Coréens du Nord ne vont pas dire “comment signer avec un pays qui lui-même n’a pas respecté un accord international entériné et respecté ?”», a-t-il souligné. Mais, selon toute vraisemblance, il n’est pas faux de déceler dans la décision de Trump un message clair au dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un – sans doute au monde – selon lequel l’action aujourd’hui des Etats-Unis ne se fonde plus sur des menaces vides, mais, pour reprendre Trump lui-même : «Quand je fais des promesses, je les tiens» ! (déclaration faite au cours de son discours mardi au cours duquel il annonçait le retrait des Etats-Unis de l’accord avec l’Iran). Même si, aujourd’hui encore, la sphère diplomatique se demande comment le dirigeant nord-coréen pourrait croire qu’un accord avec les Etats-Unis peut être pris en compte, il y a lieu de rappeler que l’Iran et la Corée du Nord ne bénéficient pas de la même appréciation stratégique à Washington, et que ce qui est valable pour le premier, davantage de sanctions et d’étouffement au profit d’Israël et des monarchies du Golfe, ne l’est pas forcément pour le second, Pyongyang ne se trouvant pas au Moyen-Orient !