Reporters : Pourquoi le président Trump fait-il quitter à son pays l’Accord des « 5+1 » sur le nucléaire iranien ?

Aïssa Benagoune : Il met en application ses promesses électorales et, l’une d’elles, rappelez-vous, était de torpiller l’Accord signé par son prédécesseur Barak Obama sur le programme nucléaire iranien. En vérité, il applique à la lettre la feuille de route et les thèses israéliennes concernant l’Iran et le Moyen-Orient, plus généralement. Israël veut rester la seule puissance nucléaire dans la région et entend faire obstacle à toute ambition d’émergence de l’Iran, un pays dont les positions sur les dossiers clés de la Syrie et du Yémen sont opposées à celles de l’Etat hébreu et des Etats-Unis. Au-delà, l’administration Trump n’a jamais fait cas des décisions des Nations unies ni des jugements de l’Agence internationale atomique (AIEA), et cela se voit davantage maintenant.

Qu’en est-il des monarchies du Golfe ?
Ces monarchies, l’Arabie saoudite en premier, ont toujours demandé aux Etats-Unis, et peut-être secrètement à Israël, de faire entrave à l’Iran et plus spécifiquement à son programme nucléaire. La visite récente aux Etats-Unis du prince saoudien Mohamed Ben Salmane, héritier du trône, était quelque part une demande d’intervenir pour faire obstacle à l’Iran et lui imposer davantage de sanctions. Il n’est pas sûr que ces monarchies soient réellement gagnantes, le vrai gagnant c’est Israël et le gouvernement de Netanyahou qui jubile aussi à l’ouverture, dans quelques jours, de l’ambassade des Etats-Unis à Al Qods, un tournant dans l’histoire du conflit israélo-palestinien et qui n’est pas de bon augure pour les Palestiniens, les grands perdants dans cette affaire.  

Les Européens disent vouloir sauver l’Accord avec l’Iran. Quelles marges de manœuvre ont-ils ?
Il faut attendre les développements, mais je crains qu’ils n’aient pas les moyens d’inverser une donne qui consiste pour les Etats-Unis, Israël et les monarchies du Golfe à pousser l’Iran à la faute en le maintenant dans ce qui semble bien être un embargo.
Recueillis par AZIZ LATRECHE