Le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions ont provoqué de lourdes appréhensions et des réactions internationales en chaîne, condamnant une décision unilatérale qui pourrait ouvrir la boîte de Pandore, à savoir une guerre aux conséquences incalculables.

Malgré les mises en garde des Européens, le président américain Donald Trump a donc persisté dans sa décision qui pourrait ouvrir la voie à une situation de tension extrême. C’est l’engrenage vers le pire dans une région hautement inflammable tant les ingrédients d’une déflagration sont réunis. Les Européens, autres acteurs importants de cet accord sur le nucléaire, sont mis dans l’embarras après cette sortie de l’imprévisible Trump, et tentent de calmer une situation pour le moins dangereuse. « On va tout faire pour protéger les intérêts de nos entreprises en Iran en intervenant auprès de l’Administration américaine » au niveau de l’Union européenne, a affirmé hier la présidence française. La décision extrême du président américain a été particulièrement dénoncée par les Européens, qui se sont dits « déterminés à assurer la mise en œuvre » de ce texte. Reste à savoir quelle marge de manœuvres possèdent les européens face à l’hyperpuissance américaine poussée dans ce sens par Israël et l’Arabie saoudite. Un autre signataire de l’accord et pas des moindres, Pékin a exprimé son regret quant à la décision des Etats-Unis et appelé toutes les parties « à revenir dès que possible » au respect du texte, et dit qu’elle « poursuivra ses efforts pour préserver et appliquer l’accord ». La Chine et l’Iran « maintiennent des relations économiques et commerciales normales. Tant que les obligations internationales ne sont pas violées, la Chine poursuivra avec l’Iran une coopération concrète et transparente », a souligné la diplomatie chinoise. « Le gouvernement chinois s’oppose toujours aux sanctions unilatérales et à la soi-disant compétence juridique à longue distance que s’octroie quelque pays que ce soit sur la base de ses propres lois », a souligné Pékin lançant une pique envers Washington et son rôle de gendarme du monde.

L’embarras des Européens
Les Iraniens ont réagi à cette volteface américaine avec circonspection. Le président iranien Rohani a dit attendre ce que donneraient des négociations avec les cinq autres pays signataires de l’accord. Et que l’Iran ne resterait pas dans l’accord sans « garanties réelles » des Européens. Ainsi Washington a opté pour le pire en rétablissant l’intégralité des sanctions levées. Plus grave, les Etats-Unis ont annoncé des sanctions encore plus sévères en forçant les entreprises étrangères à quitter l’Iran ou subir les conséquences dans leurs relations avec Washington. A Téhéran, c’est la grande déception. Hier, la presse iranienne a condamné unanimement cette atomisation de l’accord. « Trump a déchiré l’accord nucléaire, il est temps pour nous de le brûler », a ainsi titré le quotidien « Kayhan ». Les journaux réformateurs ont dit leur espoir de trouver une solution avec les Européens. Mais la marge de manœuvre semble particulièrement mince. « Je ne fais pas confiance » aux Européens, et « je doute réellement » qu’on puisse obtenir de leur part une « garantie définitive », a affirmé l’ayatollah Khamenei. Mettant les Européens devant leurs responsabilités Ali Larijani, président du Parlement, a estimé que le retrait américain offrait à l’Europe une occasion de montrer « qu’elle a le poids nécessaire pour régler les problèmes internationaux ». Le président Rohani avait prévenu que l’Iran pourrait cesser d’appliquer les restrictions qu’il a consenties à ses activités nucléaires et reprendre un enrichissement d’uranium plus élevé si les négociations avec les Européens, Russes et Chinois ne devaient pas donner les résultats escomptés. Le président russe Vladimir Poutine a exprimé de son « inquiétude » face à ce retrait. La diplomatie russe s’est dite, « profondément déçue par la décision du président américain ». L’Iran ne cache plus la possibilité de revenir à l’enrichissement puisque la première puissance internationale censée être le garant des accords ne respecte plus ses propres engagements.   

Le choix délicat de Téhéran
Téhéran se retrouve face à un choix délicat après ce retrait américain de l’accord. Tout faux pas risquant de compromettre des années d’intenses efforts diplomatiques dont l’accord a été considéré comme un grand succès. Les Iraniens « doivent trouver une réponse qui permette de garder les Européens de leur côté mais qui montre aussi qu’on ne peut pas les traiter n’importe comment », a estimé, hier, un diplomate occidental en poste à Téhéran. Washington a choisi pratiquement l’option la plus dangereuse en rétablissant l’intégralité des sanctions levées, en annonçant des sanctions encore plus sévères. Le président Hassan Rohani a offert aux autres parties (Allemagne, Chine, France, Royaume-Uni et Russie) une courte fenêtre de négociations pour sauver l’accord fragilisé. Toute la question est de savoir ce que les Européens peuvent offrir à l’Iran, qui attend avec impatience la réalisation des promesses économiques de l’accord de Vienne. Jusqu’ici, ces mêmes Européens se sont montrés pratiquement incapables d’offrir un cadre permettant à leurs entreprises de s’affranchir de la pression maintenue par Washington. Donald Trump a enclenché l’engrenage vers le pire.