Les cours du pétrole poursuivent leur hausse, portés par les tensions géopolitiques et l’imminence de la décision du président américain Donald Trump sur le nucléaire iranien. Hier, le Brent, coté à Londres, valait 76.05 dollars. En un an, il a gagné plus de 52%, une reprise inespérée, il y a deux ans.

Evidemment, le gouvernement suit de très près ces évolutions. Mais, serait-il aveuglé par ce léger redressement ? Pour le moment, une certaine euphorie règne dans l’air. L’Exécutif s’en réjouit, «priant» que cette tendance à la hausse se maintienne dans la durée. Il sait qu’une telle reprise des prix du brut apporte un vent de fraîcheur à l’économie nationale, marquée par la morosité et l’incertitude. Elle dope dans une proportion plus ou moins grande les revenus du pays, stimulant la croissance. En Algérie, les exportations d’hydrocarbures ont enregistré une hausse de 18 % par rapport à l’année précédente. Malgré la baisse de la production de pétrole et de gaz estimée à 2,7 % pour 2017, le rebond mondial des cours du pétrole aura permis aux recettes à l’exportation du secteur énergétique d’atteindre les 32,3 milliards de dollars pour toute l’année, soit + 16,6 % comparé à l’année précédente. Il s’agit là d’une occasion inespérée pour le gouvernement en place de remettre de l’ordre dans le budget de l’Etat, même si celui-ci ne peut s’équilibrer qu’à condition que les cours grimpent à plus de 90 dollars le baril. Il serait toutefois inapproprié qu’avec la reprise des prix du pétrole, l’Exécutif modifierait la direction ou le contenu de la politique économique qu’il a initiée dans l’objectif de faire face à la crise. Mais, celui-ci semble incapable de résister à la tentation et s’emballe dans les dépenses ! La preuve, une rallonge budgétaire de près de 5 milliards de dollars est prévue dans le projet de loi de finances complémentaire pour 2018. L’Exécutif affecte ainsi de nouvelles et d’importantes ressources à des ministères, à des administrations à qui il a été demandé, il y a deux ans, de faire des économies, de s’imposer des régimes d’amaigrissement. La loi de finances dont il s’agit accorde en effet quelque 400 milliards de dinars de rallonges budgétaires à cinq ministères. Il s’agit du ministère de la Défense nationale qui recevra 312 milliards de dinars, celui de la Jeunesse et les Sports qui percevra 3,65 milliards ainsi que les départements de la Santé, des Affaires étrangères et de l’Éducation nationale qui recevront respectivement 3,16 milliards de dinars, 1,5 milliard de dinars, et 0,9 milliard de dinars supplémentaires. Les experts ayant travaillé sur cette mouture de loi qui sera, discutée au prochain Conseil des ministres qui interviendra certainement à la veille du mois sacré justifieront ces dépenses supplémentaires. Ils insistent sur le fait qu’il ne s’agit là que de correctifs budgétaires apportés à la loi de finances principale, motivés par des besoins essentiels de l’économie et par les nouveaux enjeux auxquels sont confrontés depuis peu certains départements ministériels. Ils mettent également en relief le fait que la rallonge en question est modeste par rapport à celle que le pays accordait quand il vivait dans l’opulence. Et que cela ne serait pas de nature à perturber les équilibres globaux d’un budget déjà fortement déficitaire. Peu convaincant !