Le nucléaire civil refait surface dans l’actualité du secteur de l’énergie. Le ministre Mustapha Guitouni l’a abordé, avant-hier, en soulignant que son département s’attelait à l’élaboration d’un projet de loi qui permettrait d’exploiter cette énergie alternative pour la production de l’électricité à partir de 2030, année charnière pour des énergies fossiles en voie d’épuisement.

En plus du solaire thermique, du photovoltaïque et de l’éolien, qui sont inscrits dans son programme des énergies renouvelables dégagé en février dernier, le nucléaire civil est considéré comme une option pouvant concourir à la régénération de l’électricité au profit de la consommation nationale. Néanmoins, le recours au nucléaire devra passer par des évaluations qui prennent en considération aussi bien le coût, l’indépendance, la protection, la sécurité que la durabilité, estime Tewfik Hasni, consultant en transition énergétique. En termes de prix à payer, l’énergie nucléaire revient « énormément cher », prévient d’emblée M. Hasni, ceci d’autant que « nous ne maîtrisons pas encore la technologie dans ce domaine et qu’il va falloir recourir au savoir-faire étranger pour développer cette source dans notre pays», souligne-t-il. C’est pourquoi, si on doit arriver au nucléaire en 2030, il faudra penser à « lancer dès maintenant des formations en conséquence », préconise notre interlocuteur.
Concernant la durabilité, notre expert indique que le potentiel algérien en nucléaire n’est pas assez généreux pour durer longtemps. Et pour cause, les gisements d’uranium dont dispose le pays « ne peuvent faire fonctionner qu’une centrale nucléaire pendant 50 ans, ou deux centrales pendant 25 ans », explique-t-il. Avant de rappeler que les deux centrales auxquelles fait référence M. Hasni sont celle de Draria, qui peut générer entre 1 et 3 mégawatts thermiques, et celle d’Aïn Ouessara, dont la capacité de production est de 15 mégawatts thermiques. Or, dans le cas de l’Algérie, le développement de l’énergie nucléaire doit représenter au moins 15 à 20% du mix énergétique, soit l’équivalent de huit centrales », soutient-il, avant d’aborder également le dossier des dangers physiques auxquels peut s’exposer une centrale nucléaire tout comme les difficultés de gestion et de contrôle que peut générer ce type d’infrastructures. Dans la majorité des cas, un constructeur de centrales nucléaires vous impose ses propres règles en matière de contrôle sécuritaire, ce qui nuirait inévitablement à l’indépendance que pourrait avoir le pays sur ses propres installations. D’où l’impératif pour l’Algérie de « construire tout un savoir nucléaire avant de se lancer dans cet investissement », rebondit le consultant en transition énergétique. Tous ces paramètres rendent encore l’option de l’énergie solaire plus plausible pour un pays dont le territoire entier baigne toute l’année dans le soleil. Une voie que défend avec force M. Hasni en commençant par faire peser le facteur coût. « La construction d’une centrale nucléaire coûte plus que la construction d’une centrale thermique ». Et lorsqu’on lui fait remarquer qu’une centrale solaire coûte également cher, M. Hasni précise que c’est le coût d’investissement de ce type d’infrastructure qui l’est, mais pas son exploitation. Mais au-delà de toutes les comparaisons, c’est surtout les vertus de source inépuisable dont jouit l’énergie solaire en Algérie qui sont mises en exergue par notre interlocuteur. «Nous avons du soleil à gogo et nous avons aussi toutes les étendues nécessaires pour installer des centrales à partir de cette source dans le Grand-Sud », se réjouit cet ex-P-DG de NEAL, la filiale commune de Sonatrach et Sonelgaz dans le domaine des énergies renouvelables. Ceci étant, tout programme d’énergies renouvelables à mettre en place d’ici 2030, exige qu’« on se libère d’ores et déjà de la dépendance des hydrocarbures », conclut M. Hasni.