Que va faire Mokhtar Hasbellaoui ? Après six mois de grève observée par les médecins résidents, le ministre de la Santé semble avoir tout essayé pour résoudre ce conflit, mais sans succès. Les marques de son échec à faire reprendre aux futurs spécialistes leurs activités sont dans sa démarche et son discours mêmes.

Un long feuilleton au cours duquel il a semblé accumuler les déclarations contradictoires et souvent en décalage par rapport à la gravité de la situation que vit son secteur : un département au bord de l’éclatement. Au début du mouvement de protestation, en novembre dernier, M. Hasbellaoui a longtemps hésité à prendre langue véritablement avec le Camra, le collectif représentant des praticiens-étudiants qui ont décidé de cesser de prodiguer leurs soins dans les structures hospitalo-universitaires en continuant d’assurer un service minimum de prestations. Pour les observateurs, cette hésitation trahissait possiblement chez lui et ses proches collaborateurs le pari de voir le Camra vite s’épuiser et regagner les salles de cours et de soins. Jusqu’en janvier-février derniers, nombreux étaient ceux qui s’attendaient à un affaiblissement du mouvement des médecins résidents et à une lassitude qui devaient les conduire à cesser leur grève. Déjà considérée comme inédite à l’époque, celle-ci s’est encore aggravée pour devenir un fait d’ampleur dans l’histoire de la santé dans notre pays depuis les années soixante à ce jour. Au fur et à mesure que le mouvement se durcissait, le ministre de la Santé a changé de posture pour se montrer plus ouvert à la discussion. En avril dernier, il procède à l’installation d’une commission mixte pour discuter d’un possible amendement du statut du médecin résident. Une période durant laquelle il s’est dit favorable à discuter de la « modulation du service », un sujet qui deviendra une ligne rouge à ne pas franchir et semblable à celle fixée par la question du service national, un dossier du ressort de la Défense nationale. Il est «inadmissible qu’un médecin refuse de soigner un patient en dehors de sa wilaya d’origine», a-t-il déclaré à plusieurs reprises avant que le Premier ministre Ahmed Ouyahia précise que son gouvernement ne tolérera pas l’avènement d’un « désert médical » dans le pays, allusion faite aux régions éloignées et vers lesquelles les médecins résidents rechignent d’aller. Le revers que le ministre a essuyé durant cette période dite de recherche de dialogue avec les acteurs du mouvement le poussera ensuite à appeler les médecins résidents à reprendre leur travail comme si de rien n’était jusqu’à réussir l’exploit de faire adopter une nouvelle loi sanitaire le 30 avril dernier comme en situation de routine et en faisant l’impasse sur ce qui se passe actuellement sous nos yeux : l’arrêt des gardes et du service minimum et le risque d’un effet boule de neige sur l’ensemble des autres structures et corps de santé en milieu hospitalo-universitaire. Pour certains, cet appel de M. Hasbellaoui aux grévistes de reprendre le travail est un signe d’« infantilisation » d’acteurs pourtant déterminés et résolus d’aller jusqu’au bout de leur logique revendicatrice. Pour d’autres, c’est le signal que le ministre de la Santé a épuisé toutes ses ressources face à un mouvement maximaliste, dont la prise en charge est susceptible maintenant de passer à un autre niveau du gouvernement : le Premier ministère ou, même, la présidence de la République.