Rassemblés en cette matinée du dimanche 6 mai à l’entrée du service labo-dentaire, les étudiants de seconde année de médecine dentaire souhaitent que le conseil national du Syndicat national des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires (Snechu) rompe la grève qu’il a entamée le 29 avril dernier.

Ils veulent reprendre les cours et « terminer » leur programme pour, précisent-ils, « bénéficier d’un congé universitaire comme les étudiants de toutes les autres disciplines ». Ils font remarquer, au passage, que la formation qu’ils reçoivent est de « piètre qualité » et que « les différents services sont à l’arrêt durant toute l’année». Solidaires des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires, ces étudiants ne manquent pas pour autant d’afficher un scepticisme assez explicite quant à l’aboutissement des revendications qui ont mené au débrayage sous la houlette du Snechu. «Ils doivent avoir des revendications rationnelles », estime Mohamed, un des étudiants rencontrés. Pour lui, «demander des vacances universitaires au même titre que le reste des enseignants du supérieur est insensé». Un autre étudiant en deuxième année de médecine dentaire fait remarquer que « les grèves menées par le corps de la santé n’ont jamais abouti ». Et ce sera « la même chose pour le Snechu », pense-t-il. « Les étudiants en chirurgie dentaire ont mené une grève pendant plusieurs mois l’année dernière. Mais cela n’a pas suffi pour arracher nos droits », se remémore notre interlocuteur. « Les hospitalo-universitaires vont finir par reprendre le boulot sans que leur action n’aboutisse à quelque chose de concret », prédit-il dans ce sens. Pour cette seconde semaine de grève du Snechu, les futurs chirurgiens-dentistes ne ressentent pas un grand effet sur leur cursus universitaire. Et pour cause, « recevoir une formation dans les services du CHU de Beni Messous, ou ses équivalents dans l’Algérois, n’enrichit pas nos connaissances. Avec ou sans grève, on nous dispense une formation de piètre qualité, médiocre, car elle se fait sans équipement ou avec un matériel obsolète », explique un autre externe. « Vous n’avez qu’à constater l’ampleur du malaise du professionnel et du patient. Le dysfonctionnement émane de l’intérieur des établissements hospitaliers et du ministère de la Santé », réplique un autre. « Le système de santé publique n’est plus en mesure de fournir des prestations à la hauteur des exigences des populations, bien que des moyens colossaux soient débloqués par l’Etat », dénonce-t-il encore. « Notre service ne dispose même pas de produits paramédicaux. C’est au médecin externe ou au résident de se les procurer pour la stérilisation du matériel, tout comme le coton, les gants et aussi la prothèse. Cela revient cher pour un étudiant avec une maigre bourse», regrette un autre étudiant.

Payer ses études pour avoir la paix… pourquoi pas ?
Au service gastroentérologie, des étudiants sont également regroupés et évoquent les sujets d’actualité qui touchent leur secteur. Ils voient d’un mauvais œil la grève des enseignants hospitalo-universitaires et celle des résidents, mais n’hésitent pas à attribuer la responsabilité de la situation au système et son « intransigeance », notamment lorsqu’il « insiste à rappeler aux étudiants en médecine à chaque tribune offerte qu’ils sont formés gratuitement et qu’ils auront par ricochet à appliquer à la lettre et sans contestation les décisions des responsables », font remarquer les mêmes étudiants. «On est pénalisés le long de l’année et à la fin, les professeurs entament un mouvement de grève », souligne un autre, s’insurgeant qu’« il n’y a pas de moyens pour faire tourner le service gastroentérologie ou les autres services du CHU de Beni Messous». Ces services évoluent dans le «marasme» «toute l’année », regrette notre interlocuteur, avant de noter que « la grève des résidents n’a fait que fixer davantage les projecteurs sur cette réalité dont tout le monde est au courant ». « Sur le registre théorique, nous suivons le même programme que celui dispensé en France, mais quand on passe à la pratique dans nos hôpitaux, la situation suscite le désarroi », poursuit l’externe, concluant que la grève des enseignants « n’a pas d’impact réel » sur leur formation.
Se disant las d’entendre les responsables rappeler aux corps médicaux qu’ils sont gratuitement formés, un autre externe dira que l’enseignement gratuit profite à tous les étudiants algériens. « Je préfère payer mes études que d’être embarrassé par les responsables du secteur ou du gouvernement qui nous donnent l’impression qu’on est formé par charité». « Si l’on paye nos études, on aura droit à une formation meilleure et à des services équipés », abonde dans le même sens son collègue.