Ni le calvaire que vivent les malades ni l’état d’abandon dans lequel se trouvent les hôpitaux ne semblent pousser les médecins résidents à arrêter la grève et reprendre ne serait-ce que l’activité de gardes. Que dire alors de l’appel à «la sagesse» lancé par le ministre de la Santé, Mokhtar Hasbellaoui !

La détermination des médecins résidents à poursuivre la grève illimitée, qui entame son sixième mois, est inébranlable tant que le ministère de tutelle ne répond pas concrètement aux revendications soulevées. Face à l’appel à la «sagesse» et à la «retenue», lancé samedi par le ministère, qui déplore le refus des grévistes d’assurer le service minimum au niveau des points d’urgences et des gardes, les blouses blanches se défendent et justifient le recours à cette ultime démarche qui, malheureusement, a plongé l’ensemble des structures sanitaires du pays dans l’anarchie. «Face à la stérilité des négociations mettant l’ensemble des résidents au pied du mur, dans une perspective de durcissement de notre mouvement de protestation, nous n’avons eu d’autre choix que de suspendre toute activité de soins – avec beaucoup de regret et à contrecœur – et de recourir à l’arrêt des gardes à travers toutes les structures hospitalo-universitaires du pays», regrette le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra), dans un communiqué. Le Collectif rappelle qu’il a «usé de tous les moyens diplomatiques, éthiques et pacifiques afin d’attirer l’attention» de la tutelle. Cette dernière semble pourtant «sourde aux déboires du médecin de demain», dénonce le Camra, considérant que les revendications scandées sont «légitimes et réalistes». De plus, elles sont «indispensables à la pratique d’une médecine algérienne équitable, efficace et durable». Une réponse sèche qui ne souffre d’aucune ambiguïté et qui tranche de façon radicale avec l’appel de Mokhtar Hasbellaoui. Face à l’engagement et la disponibilité du département de la santé à poursuivre le dialogue, «s’agissant de revendications objectives et raisonnables», et à ses accusations contre les délégués des résidents qui «formulent à chaque réunion de nouvelles revendications irréalistes», le Camra est catégorique. Parlant d’un «échec cuisant des négociations avec notre tutelle», les médecins résidents expliquent que leurs revendications «n’ont jamais changé depuis le début de ce mouvement historique».
«Conscients que notre vocation est de servir nos concitoyens et notre pays, nous réitérons notre volonté et notre entière disponibilité à participer à tout dialogue sérieux, en bonne et due forme, à même de trouver des solutions radicales et pérennes et mettre fin à cette crise que traverse amèrement notre corporation», écrit le Collectif, appelant de ce fait les autorités à faire d’autres concessions en ce qui concerne la prise en charge des revendications. L’on sait déjà que le dialogue est suspendu faute d’accord sur les principaux points, dont l’abrogation du caractère obligatoire du service civil et le droit à un traitement équitable pour tous les citoyens algériens quant au service national. Des revendications sur lesquelles les positions des deux parties semblent inconciliables. La modulation de la durée du service civil, l’instauration d’une prime mensuelle qui y est liée et la déduction de l’année de service national accomplie de la durée du service civil, sont les concessions faites, jusque-là, par la tutelle. Mais, sans convaincre les résidents.
Ces derniers ont, par ailleurs dénoncé ce qu’ils qualifient de «manœuvres administratives et actes d’intimidations et de menaces orchestrés par les directeurs des structures hospitalières à notre encontre». Il faut dire que le climat qui règne dans les hôpitaux est loin de satisfaire. Le gouvernement, dans l’impasse, a, à travers son ministère de la Santé, mobilisé toutes les ressources humaines du secteur pour parer à la «défection» des médecins résidents, notamment depuis l’arrêt des gardes. Mais, ce n’est pas pour autant que la crise est résolue. Rendez-vous décalés et annulés, malades abandonnés, prises en charge limitées, patients aux premiers soins rejetés et renvoyés ailleurs, sont autant de problèmes qui s’accumulent au moment où aucune solution ne se profile à l’horizon. Bien au contraire, devant l’inflexibilité de la tutelle, les résidents sont déterminés et comptent réinvestir la rue par d’autres actions surprises.