L’Association des distributeurs pharmaceutiques algériens (ADPHA) a organisé, jeudi au Centre international des conférences CIC, la 2e journée de la distribution pharmaceutique.

La présidente de l’ADPHA, Hassiba Boulmerka, a indiqué que le secteur de la distribution du médicament « est trop souvent ostracisé et injustement assimilé à une activité purement spéculative», en ajoutant que parfois, il est désigné à l’opinion publique comme le responsable de la «rupture d’approvisionnement de tel ou tel produit».
Selon la présidente de ADPHA, l’implication et l’engagement des distributeurs ont fait que le secteur pharmaceutique est l’un des très rares au sein de l’économie nationale à n’être pas «infesté par les activités informelles».
Elle a plaidé pour un aménagement et une mise à niveau du dispositif légal et règlementaire qui encadre son activité. Elle estime qu’une meilleure qualité de dialogue et une meilleure écoute des propositions sont les seules voies raisonnables qui restent ouvertes notamment avec la crise que traverse l’économie  nationale. Mme Boulmerka a reconnu que les pouvoirs publics « ont déployé d’immenses efforts budgétaires » pour garantir, selon elle,  l’approvisionnement et la couverture sociale au plus grand nombre ». En effet, et malgré quelques insuffisances, des progrès importants ont été réalisés, notamment en matière de développement de la production nationale, qui satisfait déjà plus de 50% des besoins du pays, et qu’on prévoit d’en couvrir jusqu’à 70% dans les prochaines années.

Une tarification dépassée
De son côté, le secrétaire  général de l’ADPHA, Abdelwahid Kerrar, a mis en exergue la réalité du secteur du médicament en Algérie. Selon lui,  le secteur est impacté par la crise économique, ce qui s’est traduit par la baisse de la croissance dans la première année. Pour  M. Kerrar, parmi les contraintes que rencontrent les distributeurs, le système de prix, qui date de 1998 et qui est dépassé. Le travail de distributeur est confronté, selon le SG de l’ADPHA, aux spécificités de marché algérien, notamment la spécificité géographique, il a été recensé 11 000 officines réparties dans des régions isolées.
La livraison se fait par route, ce qui fait des « distributions à perte ». Le marché algérien est perturbé, l’offre est inférieure à la demande en raison, entre autres, de la volonté du gouvernement de réduire les ressources financières allouées au secteur. Cette situation risque de causer « une distribution inéquitable dans les régions isolées », a mis en garde M. Kerrar, qui a soulevé également le problème de la baisse des prix des médicaments, malgré l’augmentation des coûts de distribution, notamment les prix des véhicules qui ont doublé depuis 2014 et l’augmentation des prix des carburants.  Au sujet des coûts de distribution, les distributeurs pharmaceutiques demandent le tarif de référence, estimé à 11 DA/boîte, soit baissés. Ces professionnels souffrent également  des contrôles routiniers, très sévères, selon M. Kerrar, et qui leur coute beaucoup d’argent en plus de la lenteur des procédures. Un autre point soulevé par M. Kerrar est la gestion des psychotropes, qui est un réel souci « pénal » a fait savoir le conférencier, expliquant qu’il est impossible de contrôler tous les produits notamment avec les risques de vol et de prise par les professionnels.
A cet effet, les distributeurs réclament le renforcement des équipes de contrôle à la réception et la télésurveillance, et à assurer la fermeture des boîtes par languette d’inviolabilité. Pour sa part le président de l’Ordre des pharmaciens,  Benbahmed Lotfi, s’est dit « satisfait » de l’adoption de la nouvelle loi de santé par l’APN. Le distributeur est souvent confondu avec l’importateur, «mais avec cette nouvelle réglementation, les distributeurs auront un véritable statut» a-t-il fait remarquer, expliquant que ces nouvelles mesures vont  permettre d’assurer la traçabilité des produits pour éviter la vente illicite des ces derniers. Ce statut permettra, également, d’avoir, selon le conférencier, une cohérence économique et avec des marges bénéficiaires justes, sachant qu’en Algérie les distributeurs ont une marge de 4% qui est la plus faible dans le monde,  estimée en moyenne à10%. Pour ce faire, « il faudra une mise en œuvre réelle de cette réglementation», estime-t-il en insistant sur la nécessité de la participation de tous les acteurs.
Selon le directeur général d’IMS Health Algeria, Mahdi Hocine,  «les prévisions des dépenses mondiales de santé sont de 10,7 milliards de dollars pour 2020, et les dépenses pharmaceutiques atteindront 1,4 milliard de dollars en 2021». Le conférencier a rappelé que le marché algérien est l’un des plus importants de la région Mena, que les dépenses publiques de santé continuent de croître malgré une conjoncture économique difficile, très peu impactées par la chute des prix du pétrole et que le marché représente 2,3 mds de dollars. Dans le top 20 des laboratoires pharmaceutiques, Sanofi est leader. M. Mahdi estime que le système actuel des marges « est inadéquat »,  et qu’il faut mettre en place des marges arrière, avec la mise en place de fonds de compensation des frais de transport. Il a mis l’accent sur la nécessité de revoir le statut de distributeur, et est confiant quant à l’efficacité de la nouvelle loi sanitaire. S. D.