La « Société savante des biologistes de santé publique» vient de voir le jour, a annoncé jeudi dernier Abdenour Ait Saïd, chef de cellule de formation de biologistes au CHU, lors de la Journée nationale des biologistes de santé publique.

Premier événement du genre depuis que la corporation des biologistes a bénéficié d’un statut dans le corps de la santé en 2011, cette journée a été placée sous le thème « Place du biologiste dans le système de santé algérien ». 
L’objectif principal de la création de la Ssbsp est « de faire intégrer notre corporation dans le  système de  santé en Algérie afin d’y apporter la connaissance et la compétence des biologistes dans le diagnostic, le curatif et le préventif», a expliqué M. Ait Saïd. Les biologistes rencontrés lors de cette journée feront remarquer que le métier d’un biologiste est un peu particulier si on le compare aux autres professions de corps de la santé. Le biologiste est « multidisciplinaire. Il réunit les secteurs de  l’environnement, l’agroalimentaire et l’industrie pharmaceutique», explique M. Aït Saïd, ajoutant que «dans les établissements de santé, ce professionnel du corps médical intervient dans les services de prévention, au niveau de laboratoires de recherche, de transfusion sanguine, de la pharmacie centrale, et  surtout dans les comités des infections nosocomiales, tout ce qui est études épidémiologiques, et autres examens de routine ».

Un syndicat autonome en perspective
Le statut accordé au biologiste en 2011 n’est pas encore « digne » de la profession, estime-t-on, dans une corporation qui compte quelques 8 500 professionnels.  C’est dans ce sens que les biologistes ont tenu une  assemblée générale pour la constitution d’un Syndicat autonome des biologistes de santé publique (SABSP) en décembre dernier. Ils attendent toujours un agrément pour activer et réclamer leurs « droits ».
Les biologistes revendiquent principalement qu’ils soient reconnus comme professionnels de santé, la révision des  primes d’encadrement et de documentation, et du classement de cette corporation au niveau de la Fonction publique.
«On ne demande que de nous rendre notre dignité», martèle la responsable de communication du syndicat, Naima Lemdani. «La première promotion est sortie durant l’année universitaire 1982/1983.
Jusqu’en 2011, on nous a  toujours considérés comme techniciens, et n’avons jamais eu le statut qui nous revient pour décrocher un travail.
On nous a contraint à faire une équivalence au niveau de la Fonction publique, en nous accordant un diplôme équivalent à un ingéniorat ou une licence (laborantin ou en maintenance) et intégrés aux corps communs», se remémore avec amertume Mme Lemdani.
C’est ainsi, dit-elle, qu’un biologiste de formation a pu faire son entrée dans le corps de la santé.
Durant des années de fonction, les biologistes ont exercés, en nombre, dans les CHU, EPSP et laboratoires d’analyses et recherches sans qu’ils ne soient considérés comme professionnels de la santé. Les biologistes ont prouvé leurs compétences au niveau des laboratoires et fini par s’imposer dans le corps de santé.
Vu l’expertise et la compétence prouvés des biologistes,  le ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, dirigé à l’époque par Djamel Ould Abbès, a réfléchi à accorder un statut au biologiste pour l’intégrer en bonne et due forme. Or, le statut  élaboré n’est pas digne d’un biologiste, regrette Mme. Lemdani. En principe, «on devrait créer un titre de biologiste chercheur», précise notre interlocutrice.
Les différents services des  CHU seraient dans le marasme n’étaient leurs compétences, avec le concours des maîtres-assistants, qui menacent à leur tour de se lancer dans un mouvement de grève. «Les biologistes sont à l’hôpital pour valider les résultats, ce qui est leur tâche à la base, et compenser aussi  le vide laissé par ces futurs spécialistes. Sans notre formation consistante et de qualité, la grève des résidents aurait été une catastrophe en termes de prise en charge dans les urgences, les grands CHU ou au niveau des structures de santé de proximité», ajoute M. Ait Said.
«Ce sont les biologistes qui font fonctionner les laboratoires depuis que les résidents sont en grève. Des techniciens il n’y en pas beaucoup contrairement aux biologistes, une trentaine dans chaque service, aux urgences, en microbiologie», dira Mme. Lemdani.

La nouvelle loi sanitaire critiquée
Le projet de loi sur la santé, adopté lundi dernier à la majorité par l’APN, a été largement critiqué par les professionnels de la santé et les partenaires sociaux. Entre autres par les biologistes. Dans cette loi, «on n’est pas cités comme professionnels de la santé», s’indignent-ils. «Cette loi cite les paramédicaux, les sages- femmes, les praticiens et spécialistes mais pas les biologistes, l’un des piliers des laboratoires des établissements sanitaires du pays», regrettent-on au sein de cette corporation qui considère que cette «exclusion» est due au fait que les autres corps médicaux «sont formés par des instituts de santé, mais non les biologistes, un produit pur du système d’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, au départ formés par un département de biologie, et  maintenant, par  une faculté de biologie».