En 2017, l’Algérie a déboursé 5,2% de moins qu’une année plus tôt pour se fournir en armements et en équipements militaires, marquant de la sorte la première baisse de ses dépenses militaires depuis 2003.

C’est là la principale tendance observée par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), dans son rapport sur les dépenses militaires dans le monde, publié hier, considérant que cette réduction résulte directement de la chute des revenus extérieurs du pays qui a fini par déteindre sur le niveau de ses dépenses militaires. « Si l’Algérie reste le plus important importateur d’armements en Afrique, elle a réduit ses dépenses militaires de 5,2% entre 2016 et 2017 à 10,1 milliards de dollars. C’est la première année de diminution de ses dépenses militaires depuis 2003 et seulement la deuxième baisse depuis 1995. Ce recul des dépenses militaires de l’Algérie en 2017 était probablement liée aux faibles revenus pétroliers et gaziers engrangés ces dernières années», écrit le Sipri, qui continue de voir l’Algérie comme étant le pays où les dépenses militaires ont le plus rapidement augmenté, comptant pour 36% du total des achats du continent africain. L’austérité née de la contraction des revenus de l’Algérie, qui ont chuté de près de 50% depuis 2014, a, sans doute, pesé sur le niveau des dépenses de l’Armée nationale. Toutefois, et le Sipri n’en fait nullement référence, cette baisse pourrait également être liée à l’émergence d’une industrie militaire qui aspire à se «libérer» des marchés extérieurs d’armements – traditionnellement la Russie, la Chine et l’Allemagne – à la faveur de l’entrée en production d’un vaste tissu d’entreprises militaires, soit détenues totalement par le ministère de la Défense nationale, soit détenues en association avec des partenaires technologiques : fabrication de véhicules blindés multi-usages avec les Emiratis, Nimr ; les Allemands, Fuchs ; de tanks T90 avec les Russes ; d’hélicoptères avec les Italiens d’AugustaWestland, ou encore des corvettes, des armements et des systèmes radars haute performance. La sortie médiatique, il y a moins d’une semaine, du général de corps d’armée et chef d’état-major de l’Armée, Ahmed Gaïd Salah, vient conforter cette thèse dans la mesure où il affirmait que « l’armée algérienne ambitionne d’arriver à fabriquer par elle-même ses armements jusqu’à son autosuffisance, afin d’assurer son autonomie et de ne plus  être tributaire des importations». Depuis Oran, où il achevait une visite d’inspection, il s’était particulièrement attardé sur «le haut niveau atteint par nos fabrications militaires, et ce, malgré leur caractère récent, et à travers lesquelles l’ANP aspire à atteindre l’autosuffisance […]». Ceci pour la partie algérienne du rapport du Sipri ! Pour ce qui est du reste du monde, l’institut a estimé le total des dépenses militaires mondiales à 1 739 milliards de dollars en 2017, une augmentation marginale de 1,1 % en termes réels par rapport à 2016. Les dépenses militaires de la Chine ont de nouveau augmenté en 2017, poursuivant une tendance à la hausse des dépenses qui dure depuis plus de deux décennies, alors que celles de la Russie ont diminué pour la première fois depuis 1998, tandis que les dépenses des Etats-Unis sont restées constantes, pour la deuxième année consécutive, à plus de 600 milliards de dollars. En revanche, les dépenses militaires au Moyen-Orient ont augmenté de 6,2% en 2017, menées par l’Arabie saoudite qui a augmenté son budget d’armement de 9,2% la même année après une baisse en 2016. Avec 69,4 milliards de dollars de dépenses, l’Arabie saoudite enregistre la troisième plus forte dépense militaire au monde. L’Iran (19 %) et l’Irak (22%) ont également enregistré des hausses significatives des dépenses militaires en 2017. «Malgré les prix bas du pétrole, les conflits armés et les rivalités au Moyen-Orient entraînent une hausse des dépenses militaires dans la région», précise le Sipri. En 2017, les dépenses militaires exprimées en pourcentage du PIB (appelé « charge militaire ») étaient plus élevées au Moyen-Orient (5,2%). Aucune autre région du monde n’a consacré plus de 1,8% de son PIB aux dépenses militaires !