Le Fonds monétaire international (FMI) anticipe une accélération de l’économie algérienne. Dans une mise à jour de ses perspectives économiques pour la région Moanap (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan), le FMI s’attend à ce que le PIB algérien affiche une hausse plus robuste que prévu.

Ce gain de dynamisme s’explique par l’augmentation des dépenses d’équipement au titre de l’actuel exercice. Ainsi donc, loin du rythme atone des trois derniers exercices, où les dépenses d’équipement étaient fortement réduites sous le poids de la crise, le PIB reprend une tendance ascendante profitant d’un budget favorable à l’investissement public.
C’est ce qu’on peut lire en tout cas sur le dernier rapport du FMI, publié le mardi dernier, mettant sous les feux de la rampe nombre d’économies de la région. Ce n’est pas totalement une surprise : le retour à la croissance a été largement anticipé tant par le gouvernement que par les économistes qui s’attendaient à ce que l’injection de ressources supplémentaires dans l’économie au titre de l’année 2018 génèrerait une hausse du PIB sur l’ensemble de l’exercice, voire sur les deux années 2018-2019. Cet acquis de croissance n’a cependant pas été quantifié par l’institution de Bretton Woods qui s’était simplement contentée de noter une « reprise plus rapide que prévu » due essentiellement à « l’augmentation des dépenses d’investissement ». Plus explicite, l’institution de Christine Lagarde précise qu’en Algérie et en Irak, « l’affaiblissement de la croissance du PIB pétrolier entraînée par l’accord Opep (ainsi qu’une demande européenne de gaz produit en Algérie inférieure aux prévisions) a été plus que contrebalancé par le redressement de l’activité non pétrolière ». Même si les experts de Washington se montrent plus optimistes sur l’avenir de la croissance algérienne, ils sont toutefois prudents sur la conduite des réformes et appellent les pays pétroliers de la région, dont l’Algérie, à un effort budgétaire dans la durée. «Dans l’ensemble, les pays exportateurs de pétrole de la région Moanap devraient poursuivre leur rééquilibrage budgétaire, bien qu’à un rythme moins soutenu. Toutefois, le fort accroissement des dépenses devrait creuser des déficits budgétaires beaucoup plus lourds en Algérie, où le rééquilibrage devrait reprendre en 2019 », avertit le Fonds. Sur l’état de résilience du secteur financier et bancaire à l’impact de la crise, le Fonds monétaire international estime que «l’accumulation d’arriérés de l’État a entraîné une augmentation des prêts improductifs. Ceux-ci devraient diminuer à mesure que les arriérés seront remboursés ». Pour ainsi dire, alors que le débat sur la hausse des dépenses au titre de la loi de finances 2018 faisait rage, les institutions de Brettons Woods y trouvent une opportunité à même de rendre la croissance plus robuste. Le FMI ne souffla mot cette fois-ci sur le moyen par lequel le gouvernement finance la croissance, à savoir la planche à billets, décriée à maintes reprises par les institutions de Bretton Woods. Cet arbitrage au profit de la croissance, en Algérie tout comme dans certaines autres économies de la région, s’était fait, on le sait, en partie au bénéfice de l’emploi. Or, cette stratégie, estime le FMI, a « eu pour effet de gonfler les masses salariales du secteur public et de porter le volume des fonctionnaires à des niveaux élevés par rapport aux autres pays du monde ». Le fonds souligne que les rémunérations offertes aux fonctionnaires publics sont généralement bien supérieures à celles des salariés dans le privé. « Malgré le niveau élevé des masses salariales de la fonction publique, la région reste à la traîne en termes de résultats socioéconomiques », constate ce rapport publié chaque printemps par le FMI dans le cadre de la surveillance de l’évolution des politiques économiques des 32 pays de la région.
« Le chômage demeure élevé et les rémunérations exagérément généreuses du secteur public ont faussé la donne sur les marchés du travail », selon cette analyse.
En Algérie, l’institution de Christine Lagarde a pointé à mainte fois un chômage endémique et un niveau problématique chez la catégorie des jeunes (près de 30%). Complémentaires à d’autres réformes, telles que celles sur les subventions à l’énergie et la justice fiscale, celles portant sur la masse salariale de la fonction publique peuvent permettre d’accroître les investissements consacrés à l’infrastructure et à la protection sociale, avance le fonds dans son rapport sur la région Moanap.