L’affaire Mohamed Bouderbala, du nom du ressortissant algérien, de 36 ans, retrouvé mort dans une cellule d’un centre de rétention pour migrants illégaux à Archidona,  près de Malaga, en Espagne, vient de connaître de nouveaux rebondissements.

Le terme est pour une fois tout à fait approprié pour ce drame qui a choqué une partie de l’opinion publique algérienne, notamment celle de Mostaganem, d’où était originaire le défunt. Il vient de (presque) se terminer par une explication en bonne et due en forme entre le ministère des Affaires étrangères et le député ANR de la diaspora (zone 4) Noureddine Belmeddah. Le département que dirige Abdelkader Messahel accuse le parlementaire de mener «une campagne calomnieuse et injuste» contre les services diplomatiques et consulaires algériens en Espagne. Et de faire circuler la thèse, qu’aussi bien l’ambassade d’Algérie à Madrid que le Consulat d’Algérie à Alicante n’ont pas assumé leurs missions de prendre en charge le dossier épineux du défunt Mohamed Bouderbala, ni d’avoir mobilisé les moyens nécessaires pour élucider les circonstances de sa mort.
Le communiqué publié, hier, par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali Cherif, affirme que le député Belmedah a été «à l’origine d’une campagne calomnieuse et injuste contre notre représentation diplomatique à Madrid et notre consulat à Alicante suite au décès, en date du 29 décembre 2017, dans un centre de rétention administrative à Archidona, du ressortissant algérien Mohammed Bouderbala». Le parlementaire, ajoute le porte-parole des Affaires étrangères, «n’a pas attendu le résultat final de l’instruction judiciaire espagnole et encore moins les conclusions de la justice algérienne pour verser dans la surenchère et travestir la réalité de la situation. Ignorant, du coup, tous les efforts déployés par notre appareil diplomatique pour la prise en charge de ce dossier.» On sait, en effet, et cela est rappelé sommairement dans le communiqué de son porte-parole, que le ministère des Affaires étrangères a engagé une avocate espagnole, Maître Amanda Romero, et le chef de la diplomatie en personne, M. Messahel, outre d’avoir discuté avec le chargé d’affaires de l’ambassade du royaume d’Espagne à Alger, a reçu le 3 janvier 2018 la famille de la victime pour les assurer de son soutien dans les démarches à effectuer pour connaître la vérité sur les conditions de sa mort ainsi que pour le rapatriement de sa dépouille. «Notre ambassade à Madrid, tout comme notre consulat à Alicante, se sont mobilisés depuis l’annonce de la mort de Mohammed Bouderbala en entreprenant toutes les démarches requises pour suivre d’une manière efficiente le dossier ouvert par les autorités espagnoles suite à ce drame», précise encore le porte-parole des Affaires étrangères.
Une expression de puissant agacement
On ignore pour l’instant quelle sera la réaction du député ANR de la diaspora, par ailleurs un ex-FLN, M. Belmedah, et s’il fera une réponse au communiqué très sévère des Affaires étrangères. On est certain en revanche que ce ministère a validé la thèse du suicide de Mohamed Bouderbala avancée par les autorités espagnoles. La justice algérienne, écrit Abdelaziz Benali Cherif, «s’est saisie du dossier et la contre-autopsie pratiquée sur la dépouille a confirmé les conclusions de l’autopsie espagnole». Le reproche du porte-parole de la diplomatie algérienne, qui s’est accompagné d’indignation, «qu’un représentant du peuple» jette «l’anathème, à tort, sur les institutions de l’Etat» et «parasite l’action qu’elles mènent pour défendre et préserver les droits des membres de la communauté nationale à l’étranger», a même pris une tonalité politique qui, normalement, devrait faire débat au sein de la formation de Belkacem Sahli. Pour les Affaires étrangères algériennes, «la campagne orchestrée contre l’ambassade d’Algérie à Madrid» par le député Noureddine Belmedah «à l’occasion de ce drame, préside d’une approche aux antipodes des mesures prises par l’Etat pour lutter contre l’immigration clandestine».
Qu’un député d’une formation de la majorité s’inscrive en porte-à-faux de la politique du gouvernement dans la lutte contre la migration illégale, voilà qui fait partie de l’insolite. «Il est, dans ce contexte, utile de préciser que l’acte de quitter le territoire national de manière illégale est répréhensible et puni par la loi», rappelle M. Benali Cherif. L’action de M. Belmeddah «s’apparente donc, à un activisme qui ne se fonde pas sur les dispositions de la loi, mais qui puise sa logique dans un populisme dangereux tant il peut être perçu par nos jeunes comme un encouragement à l’immigration clandestine», a-t-il soutenu.
Pour rappel, la décision du ministère des Affaires étrangères de sortir de son silence en ce qui concerne l’affaire Bouderbala semble être l’expression d’un puissant agacement après que le parlementaire de l’ANR ait, à nouveau, fait à la presse des déclarations critiques sur l’action des services consulaires algériens en Espagne. «La tendance de M. Belmedah à rendre systématiquement destinataire la presse des requêtes et autres correspondances qu’il adresse aux institutions de l’Etat, nous permet de nous interroger sur le véritable objectif qui motive son action», s’indigne son porte-parole, qui ajoute même «sa dernière sortie au sujet des prétendus obstacles bureaucratiques que notre ambassade à Madrid dresserait devant les ressortissants algériens désireux de convertir leurs permis de conduire». «Notre ambassade, qui s’acquitte pleinement des missions qui lui sont dévolues, ne fait qu’observer la procédure prévue par l’accord qui nous lie à l’Espagne, s’agissant de la conversion de ce document», a conclu le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Benali Cherif.