Le malaise dans le secteur  de la santé ne va pas se terminer de sitôt. Bien au contraire, la situation va encore vers le pourrissement avec la décision des paramédicaux de suspendre la grève cyclique et d’opter pour… une grève illimitée.

Dès le 5 février prochain, les infirmiers, les anesthésistes, les techniciens de radiologie et les sages-femmes, entre autres, affiliés au Syndicat algérien des paramédicaux (SAP), n’assureront aucune prestation médicale en dehors du service minimum pour les urgences et durant les gardes. Les différents services seront complètement paralysés. Le Conseil national du syndicat, réuni hier, a en effet, « jugé nécessaire l’arrêt de la grève nationale cyclique (…) et décidé d’une grève illimitée à partir du 5 février 2018 », écrit le SAP dans un communiqué. Regrettant ce qu’il qualifie de « manque de sincérité et d’absence de prise de décision à même de conformer la corporation paramédicale dans ses revendications », le syndicat de Lounès Ghachi dénonce « la mauvaise volonté du ministère de tutelle » dans la recherche de solutions aux problèmes posés.
Selon le SAP, « il y a absence de la moindre lueur palpable venant satisfaire un tant soit peu nos revendications ». Un constat que le conseil national a tiré après débat sur l’avenir du mouvement qui est arrivé « face à une impasse », explique-t-il encore. Cette décision intervient dix jours après la réunion tenue au ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, le 17 janvier dernier. Laquelle n’avait abouti à aucun accord entre les deux parties. Malgré ses promesses de prise en charge des doléances, Mokhtar Hasbellaoui n’est pas parvenu à convaincre les représentants des paramédicaux à suspendre la grève. Pas seulement, puisque durant la semaine écoulée, la tutelle est passée aux sanctions en ordonnant aux directeurs de santé de wilaya et aux directeurs de CHU de procéder aux ponctions sur salaires contre les grévistes. Des mesures qui, semble-t-il, n’ont fait qu’accentuer la détermination des paramédicaux à poursuivre leur mouvement. « Le conseil national a toutes les raisons de croire que le chemin de la protestation est le seul moyen de dénouement de la situation », peut-on lire dans le document.
Pour rappel, le SAP, qui avait décidé dans un premier temps de reconduire la grève cyclique, estimant que « la rencontre avec le ministre n’a rien apporté de nouveau, si ce n’est des promesses verbales », avait mis en garde contre « la fuite en avant » dans la prise en charge des revendications qui remontent à des années.
On parle surtout de la révision de l’arrêté ministériel qui octroie les poste de sous-directeur des activités paramédicales aux administrateurs, alors qu’il s’agit d’une fonction qui revient de droit aux paramédicaux, du bénéfice de la prime d’encadrement, de celle relative à l’archivage, du droit à la promotion pour les aides-soignants, de l’amélioration de la qualité de la formation en la rattachant à l’enseignement supérieur (LMD), de l’augmentation du nombre de places ouvertes, notamment pour les sages-femmes, et du renforcement des mesures de sécurité dans les hôpitaux.
Ainsi, avec la grève illimitée des paramédicaux, ajoutée à celle des médecins résidents, le ministre de la Santé se trouve dans une situation des plus délicates. Faire fonctionner des structures sanitaires sans résidents et sans personnel paramédical s’avère être une mission délicate si ce n’est quasiment impossible.
Jamais dans les annales du secteur de la santé, deux grèves illimitées, qui impliquent autant de praticiens relevant de plusieurs catégories, ne s’étaient croisées.