Le gouvernement a été bien inspiré de jouer la prudence dans la sphère commerciale, d’autant plus que moins d’un mois après la mise en œuvre de nouvelles mesures de régulation du commerce extérieur, dont la suspension de 851 produits à l’importation, la pénurie a commencé à se faire sentir et les prix à augmenter pour certains produits.

Craignant que les choses s’aggravent et que la situation puisse se détériorer, il vient d’établir un calendrier d’évaluation des mesures prises.

Ainsi, à l’issue d’une audition par la Commission des finances de l’Assemblée populaire nationale (APN) sur le projet de règlement budgétaire 2015, le ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, a annoncé qu’une première évaluation de cette liste interviendrait dans trois mois, et que le nombre des produits répertoriés dans cette liste pourrait être augmenté comme il pourrait être réduit, selon les résultats de cette évaluation. Cela n’est pas dit expressément dans la réglementation portant désignation des marchandises soumises au régime des restrictions à l’importation. L’Exécutif rectifie ainsi le tir. Dans le texte législatif, il insistait sur le fait que les restrictions ne vont pas durer indéfiniment. Il y est noté en fait que les produits concernés sont temporairement suspendus à l’importation jusqu’au rétablissement de l’équilibre de la balance des paiements. Pour quand cela est possible. Le gouvernement n’aura certainement pas une réponse toute prête. Ce qui est sûr, c’est que plus la situation se dégrade – chose que personne ne souhaite –, plus le gouvernement devrait travailler fort sur d’autres fronts, y compris le relèvement du nombre des produits concernés par les restrictions commerciales. Au nombre de 851, les marchandises frappées par l’interdiction aujourd’hui relèvent de 45 catégories de marchandises.
Il s’agit essentiellement de fruits secs, des fromages (produits finis), des fruits frais (à l’exception des bananes), des légumes frais (sauf l’ail), des viandes (à l’exception des viandes bovines), du thon, des dérivés du maïs, des préparations de viande, des chewing-gum, des bonbons et chocolats, des pâtes alimentaires, des viennoiseries, des dérivés de céréales, des conserves de légumes, des tomates préparées ou conservées, des confitures, des gelées, des fruits conservés, des préparations alimentaires, des eaux minérales, du ciment, des détergents, des produits plastiques finis et semi-finis, des produits hygiéniques, du marbre et du granite, du papier hygiénique, des tapis, de la céramique finie, des glaces et verres, des moissonneuses-batteuses, des articles de robinetterie, des fils de câbles, des meubles, des lustres, des articles électroménagers et des téléphones mobiles.

 

Et des barrières tarifaires
Le gouvernement estime qu’une grosse partie de ces produits, les entreprises locales peuvent la prendre en charge et approvisionner, sans difficultés le marché intérieur. Le problème est qu’il n’a pas une idée claire de ce à quoi peut ressembler l’offre locale en quantité et en qualité. Il ne l’a pas quantifiée. Outre la suspension d’importation de ces 851 produits, des mesures à caractère tarifaire ont été instaurées dans le cadre de l’encadrement des importations. Prévues par les dispositions de la loi de finances pour 2018, ces mesures portent sur l’élargissement de la liste des marchandises soumises à la Taxe intérieure de consommation (TIC) au taux de 30%, pour 10 familles de produits finis. Il s’agit du saumon, fruits secs sans coques et autres fruits séchés, épices, sucreries, confiserie, préparations à base d’extraits et d’essence (liquide et autres), modems et décodeurs numériques, appareils avertisseurs d’incendies, appareils électriques avertisseurs et micro-ordinateurs (la désignation des produits et leurs positions tarifaires sont précisées dans l’article 32 de la loi de finances pour 2018).
S’y ajoute le relèvement des droits de douane (barrières tarifaires) pour 32 familles de produits finis: graines de tournesol, ouvrages en matière plastique, fours pour cuisson, appareils pour filtration des eaux, appareils pour filtration des boissons, appareils pour filtration des huiles minérales, parties de filtre à air, appareils de levage, ponts roulants, portiques mobiles, consommables informatique, micro-ordinateurs portatifs et tablettes, unités centrales de traitement et serveurs, unités de mémoire, lecteurs de carte mémoire, articles pour tuyauterie, parties pour modems et téléphones et autres, cartes de décryptage, appareils connecteurs, câbles électriques, bennes à ordures, carrosseries pour tracteurs et camions, remorques frigorifiques, préparations d’arachides, confiture, articles de robinetterie, transformateurs électriques, compléments alimentaires, sodas et eaux minérales, piles et batteries, téléphones cellulaires et boissons (la désignation des produits et leurs positions tarifaires sont précisées dans l’article 115 de la loi de finances pour 2018).