Le bilan 2017 du commerce extérieur, dont les grands indicateurs ont été fournis dimanche par les services de Douanes, est à lire attentivement. L’administration douanière n’a fait que confirmer par les chiffres les limites du dispositif des licences d’importation qui aura été jeté aux oubliettes après près de trois années d’inefficacité.

La facture d’importation au titre du précédent exercice s’est établie à 45,95 milliards de dollars contre 47,08 milliards de dollars en 2016, correspondant ainsi à une diminution de 1,13 milliards de dollars (-2,4%) seulement, lit-on dans la note statistique diffusée par les Douanes algériennes.
Au chapitre des hausses figurent plusieurs familles de produits, dont l’Energie et lubrifiants (carburants), les biens d’équipements agricoles, des produits alimentaires et des biens de consommation non alimentaires. Le dispositif des licences d’importation annoncé en grandes pompes à la mi-2015 n’aura finalement pas servi à grand-chose, puisque la facture culmine toujours à plus de 45 milliards de dollars. Les licences, présentées comme étant l’innovation technique la plus appropriée à même de réduire la hausse effrénée de la facture, a concerné en premier lieu les produits, dont le poids s’était avéré lourd dans la structure des importations, à l’image des véhicules, du ciment, du rond à béton… Ces mesures de contingentement des importations allaient être élargies par la suite à plusieurs biens et consommables avant que le gouvernement Ouyahia ne vienne les remettre en cause. Par la voix du ministre du Commerce, Mohamed Benmeradi, l’Exécutif annonça fin 2017 une suppression du dispositif des licences et l’application dès janvier 2018 de nouvelles mesures fiscales, administratives et monétaires. Cette réforme du dispositif d’encadrement des importations, bâtie essentiellement sur des dispositions fiscales contenues dans la loi de finances 2018, sur une liste de produits suspendus à l’importation, sur une seconde liste de 42 familles de produits interdits à l’importation ainsi que sur la limitation des volumes annuels d’importation de véhicules, a été présentée comme le dispositif choc qui doit participer à la réduction du déficit de la balance des paiements.
Par le moyen de cet arsenal de nouvelles mesures, le gouvernement s’est engagé à nouveau à baisser la facture d’importation de 15 milliards de dollars à fin 2018. Pour qu’un tel objectif d’économies soit réalisable, une transformation sensible et complexe de l’économie et de ses modes de fonctionnement est nécessaire. Les précédents gouvernements qui se sont engagés dans de pareils objectifs d’économies ont échoué à redresser les comptes pour avoir manqué de rigueur et emprunté la fausse route. Les statistiques sont là. Elles ne souffrent d’aucune ambiguïté. La moisson est visiblement trop maigre.
C’est que les conditions nécessaires pour atteindre les objectifs de réduction de la facture d’importation fixés par les gouvernements Sellal et Tebboune n’ont pas été réunies. Pour l’actuel exercice ainsi que pour les prochaines années, ces mêmes conditions sont nombreuses et loin d’être totalement acquises. Les objectifs reposent sur l’impératif de rigueur, d’un engagement de toutes les institutions intervenant dans les différentes sphères du commerce extérieur, sur une coordination plus étroite et un échange d’informations en temps réel, sur un inventaire des capacités de production nationale, des produits inessentiels et des résultats obtenus en matière de fiscalité et des droits de douane appliqués aux produits d’importation… Au-delà de l’effort d’économies fixé pour 2018, un besoin de réformes économiques et budgétaires structurelles se fait sentir. Ces réformes d’ampleur structurelle doivent être mises en œuvre sans délai pour pouvoir espérer un retour sur investissement dans les 3 à 4 prochaines années.