Le ministre de l’Energie, Mustapha Guitouni, a pris part à Mascate dans le Sultanat d’Oman à la réunion du Comité de suivi conjoint Opep et non-Opep dont l’objectif est d’examiner les conclusions des travaux du Comité d’experts.

Le Comité de suivi conjoint Opep et non-Opep, appelé JMMC (Joint ministerial monitoring committee), est composé de trois pays membres de l’Opep : l’Algérie, le Koweït et le Venezuela et de deux pays non-membres de l’Opep, la Russie et Oman. Guitouni s’est dit « satisfait de l’excellent niveau de conformité » estimant que les efforts « doivent être poursuivis et intensifiés pour atteindre les objectifs attendus sur le moyen et long terme ».
Le niveau de conformité a ainsi atteint le « niveau record » de près de 129% durant le mois de décembre dernier. Il était de 87% en janvier 2017. Guitouni a indiqué que les stocks de pétrole ont baissé de façon « significative » passant de 300 millions de barils à 118 millions de barils et que le marché a répondu positivement à l’effort collectif. « Ce qui témoigne de l’efficacité des mécanismes mis en œuvre par les 24 pays Opep et non Opep et de la crédibilité de leur démarche ». Ce Comité a été mis en place lors de la 171e Conférence ministérielle de l’Opep tenue à Alger en novembre 2016 suivie par la Déclaration de coopération ultérieure faite lors de la réunion ministérielle conjointe OPEP-non OPEP tenue en décembre 2016 à Vienne. Ce comité est chargé de veiller à ce que les objectifs soient réalisés grâce à la mise en œuvre notamment des ajustements volontaires de la production de pétrole des acteurs signataires de l’accord. Il s’agissait de faciliter l’échange d’analyses et de perspectives conjointes pour aider à l’évaluation du processus de conformité.

Rassurer les producteurs
Cette réunion de Mascate devait évoquer le sujet d’une sortie progressive, avant décembre 2018, de l’accord sur la limitation de la production mondiale de pétrole. L’Arabie saoudite a appelé à cette occasion à une coopération à long terme entre les pays de l’Opep et ceux non membres de l’organisation, après le premier accord qui avait permis de faire remonter les prix du pétrole. Confrontés à une chute vertigineuse des cours du brut entamée en 2014, les 14 membres de l’Opep s’étaient mis d’accord fin 2016 avec dix autres pays pétroliers pour limiter la production. Il s’agissait impérativement de rééquilibrer le marché et faire remonter les prix. Ces derniers tournent désormais autour de 70 dollars contre 30 dollars début 2016. Un renchérissement certain qui décontracte la pression sur les budgets des Etats. Cette tendance reste néanmoins fragile quant aux perspectives. « Nous ne devons pas limiter nos efforts à des quotas de production en 2018. Nous devons parler d’un cadre pour notre coopération à plus long terme », a plaidé, à cet effet, le ministre saoudien de l’Energie Khaled Al-Faleh. Il s’agit de « prolonger au-delà de 2018 le cadre que nous avons établi, c’est-à-dire la déclaration de coopération », a-t-il souligné. Cet accord à long terme n’impliquera pas nécessairement les mêmes quotas de production que ceux en vigueur actuellement, a ajouté le ministre saoudien. Un « cadre de coopération » sur le long terme visera à rassurer les producteurs, investisseurs, et consommateurs que l’accord « est là pour rester », a-t-il souligné. D’autres pays producteurs de pétrole seront invités ultérieurement à rejoindre le groupe des 24 déjà engagés dans ce processus.

Facteurs d’incertitude pour 2018
De son côté, le ministre russe de l’Energie Alexandre Novak a déclaré qu’il fallait poursuivre les efforts jusqu’au bout pour bien rééquilibrer le marché pétrolier. « Nous considérons que cette année dans l’ensemble, le marché devrait se rééquilibrer de lui-même (…). Un bon équilibre est en train de se produire avec une réduction des stocks restants à travers le monde ». Le ministre russe s’est félicité que grâce aux efforts de tous, « les surplus ont été réduits de plus de moitié ». Le ministre saoudien s’est montré plus nuancé en souhaitant la poursuite des efforts pour faire baisser les stocks de brut à « des niveaux normaux ». « Cet objectif n’a pas été atteint et nous ne sommes pas près de le réaliser », a dit Faleh. « Certainement pas au premier semestre. Je pense que cela prendra toute l’année 2018 pour atteindre un niveau normal », a-t-il ajouté annonçant qu’il sera « plus précis en juin » à la prochaine réunion de l’OPEP à Vienne. De son côté, le ministre omanais du Pétrole Mohamed Al-Romhi a dit que
« d’ici à la fin de l’année, le niveau des stocks sera très bas et il sera temps de discuter de différents arrangements ou accords ». L’Agence internationale de l’énergie (AIE) table sur une restriction de la production de l’Opep cette année, après une baisse l’an dernier. En revanche, elle prévoit la croissance de l’offre venue des pays non-membres de l’Opep. Toutefois, plusieurs facteurs d’incertitudes sur le plan géopolitique peuvent avoir de l’influence sur le cours durant 2018. Selon le dernier rapport mensuel de l’AIE la production américaine de pétrole devrait connaître une croissance « explosive » en 2018, ce qui éloigne la perspective d’un rééquilibrage du marché mondial.