Les chefs de la diplomatie du groupe des 5+5 se sont retrouvés, hier, au Centre international des conventions à Club-des-Pins, afin de débattre des défis qui interpellent ce regroupement régional, le terrorisme, l’émigration et le conflit libyen.

A la veille de l’ouverture de cette importante réunion, des rumeurs contradictoires avaient circulé au sujet du boycott, ou du moins de la non-représentation marocaine à cette rencontre, en raison du froid entre Alger et Rabat. Il n’en fut rien, puisque le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, était bel et bien là pour présider la délégation de son pays.
Cette rencontre, la quatorzième du genre, a été précédée, pour rappel, de celle des parlementaires des pays de la région qui ont émis de nombreuses recommandations allant dans le sens d’une meilleure prise en charge des défis auxquels sont confrontés leurs pays.
Placée sous le thème « Méditerranée occidentale : promouvoir un développement économique et social inclusif partagé et durable face aux défis communs dans la région », la rencontre a été coprésidée par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, et son homologue français, Jean-Yves Le Drian. C’est la seconde fois, après la réunion d’Oran en 2005, que l’Algérie accueille la réunion des ministres des Affaires étrangères du Dialogue 5+5.
Fidèle à ses principes, la diplomatie algérienne « plaidera comme à l’accoutumée dans le cadre de sa politique méditerranéenne en faveur de l’avènement d’un espace euro-méditerranéen de paix, de stabilité et de prospérité partagée ». Co-présidant les travaux, le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a, d’emblée planté le décor, dans son discours inaugural, en réitérant son appel à une plus grande vigilance face au risque de retour des terroristes de Daesh dans la région du Maghreb, après avoir été défaits en Irak et en Syrie.
Abdelkader Messahel a insisté sur la coordination entre les pays de la région en vue de faire face aux menaces terroristes. Dans une courte rencontre avec la presse, le chef de la diplomatie algérienne a indiqué que « l’échange de vues a été très riche. C’est un dialogue ouvert, très franc et sans limites. Nous appartenons au même espace et nous sommes confrontés aux mêmes défis ».
Les participants, dira le ministre, ont abordé le partenariat gagnant-gagnant, tout comme les défis sécuritaires et les meilleurs voies et moyens de faire face à la menace terroriste, notamment avec le retour annoncé des terroristes de Daech dans la région.
« La riposte doit être globale et organisée », ajoutera M. Messahel, qui estimera que le traitement de la question migratoire, sujet qui préoccupe grandement les pays de la rive nord de la Méditerranée, doit prendre en compte la question du développement, condition sine qua non pour endiguer ce phénomène. La réunion des pays du Dialogue 5+5 est un espace propice pour « une approche consensuelle et pragmatique de coopération dans l’intérêt de la stabilité, de la sécurité et de la prospérité dans le voisinage », a soutenu Abdelkader Messahel.
Le chef de la diplomatie algérienne a relevé que les problématiques relatives au développement économique et social inclusif, à la jeunesse et à l’emploi, à la migration et au développement durable, ainsi que ceux liés à la sécurité, au terrorisme et à la radicalisation, tout comme les crises et conflits qui secouent « notre région sont autant d’enjeux et de défis que nous avons la volonté et la détermination de relever, en travaillant ensemble sur la base de nos expériences nationales et des efforts de la communauté internationale ».
M. Messahel, en réponse à une question relative à la menace de Daech, rappellera que le dialogue des 5+5 comporte, outre les chefs de la diplomatie, les ministres de la Défense de la région, ainsi que ceux de l’Intérieur, avant d’affirmer qu’il existe une coordination entre les pays du groupe en vue de faire face à cette menace. Le chef de la diplomatie algérienne plaidera pour l’introduction de la notion de vivre ensemble dans l’action du groupe, estimant que « la Méditerranée a été, pendant longtemps, une zone de fracture ». Le ministre plaidera pour un partenariat avec une vision nouvelle, avant de rappeler que le défi du terrorisme dans la région existe depuis une vingtaine d’années, et que celui du développement date depuis longtemps.
De son côté, Jean Yves Le Drian, le chef de la diplomatie française, qui co-préside les travaux, a indiqué que la Méditerranée occidentale doit devenir « un espace de dialogue ». Tout en mettant l’accent sur la dimension sécuritaire, il insistera sur celle de développement, avant de rappeler les recommandations du dernier sommet Union africaine-Union européenne, tenu à Abidjan et qui avait, pour le cas libyen par exemple, préconisé un plan en neuf points qui tournent autour de la nécessité politique, de la nécessité sécuritaire et de la nécessité de développement. « Il faut toujours mener les trois à la fois », dira-t-il. A ce titre, il indiquera que la ville de Benghazi devrait accueillir bientôt un forum international visant à soutenir les efforts de développement de la Libye.
Le chef de la diplomatie française annoncera la mise en place prochaine d’un 5+5 dédié aux finances et d’un 5+5 consacré à l’aménagement du territoire, dans le sillage des actions futures à mener dans cet espace commun, tout comme les actions en direction des jeunes, à commencer par des programmes de formation et d’apprentissage.
Tout en insistant sur la stabilité de la région, Le Drian mettra l’accent sur le dialogue inclusif et l’unité territoriale de la Libye, comme conditions indispensables pour le règlement du conflit.