Alors que sur le plan politique, les polémiques se succèdent sur fond de course pour la prochaine élection présidentielle, sur le plan social, la situation n’est guère reluisante.

La rue gronde en ce début d’année 2018 avec des actions de protestation et des grèves annoncées dans différents secteurs, mettant plus de pression sur le gouvernement, déjà préoccupé par la gestion des effets de la crise économique. Devant la montée au créneau de différentes catégories de travailleurs, les pouvoirs publics se trouvent entre le marteau et l’enclume. Incapable de répondre favorablement à toutes les revendications, l’on tente d’ouvrir le dialogue, suivi de promesses, mais sans pour autant arriver jusqu’au respect des engagements. C’est le cas d’ailleurs pour la grève des médecins résidents qui se poursuit pour le troisième mois. Hier, au ministère de la Santé, les représentants du Camra ont assisté à l’installation du Comité intersectoriel de suivi de la prise en charge des revendications. Pourtant, c’était « la déception totale », selon Dr Mohamed Taïleb. Les blouses blanches comptent poursuivre le mouvement et annoncent d’ores et déjà des actions : une marche aujourd’hui à Tizi-Ouzou et un sit-in national à Alger demain au niveau du CHU Mustapha-Pacha.
Toujours dans la santé, les paramédicaux reconduisent aujourd’hui leur grève cyclique pour trois jours, après une réunion avec le ministre de tutelle, Mokhtar Hasbellaoui, qui n’a pas tenu ses promesses de prise en charge des revendications. Il faut dire que la situation se dirige vers le pourrissement, si ce n’est déjà le cas lorsque l’on sait que tous les soins ne sont pas assurés au niveau des hôpitaux avec tous les désagréments que cela cause quotidiennement aux patients. Dans un autre secteur sensible que celui de la santé, les grèves se multiplient. En effet, les travailleurs du secteur de l’éducation reviennent à la charge en ce début d’année. Hier, le syndicat Cnapeste a annoncé une grève illimitée à partir du 30 janvier. A peine le conflit à Tizi-Ouzou résolu, voilà que la direction du Cnapeste hausse le ton et décide de paralyser les écoles dès la fin du mois en cours. Face à cette situation, la ministre de tutelle, Nouria Benghebrit, ne va sûrement pas rester les bras croisés et tentera de calmer les esprits. Cependant, ce n’est pas gagné d’avance surtout que le syndicat fait de l’annulation des ponctions sur salaires décidées dernièrement par la tutelle une condition sine qua non pour suspendre la grève.
Pour ces deux secteurs, les choses vont en s’aggravant. L’intersyndicale autonome de la Fonction publique, dominée par les syndicats de la santé et de l’éducation, d’ailleurs, prévoit une grève nationale pour le 14 février prochain, avec des rassemblements à tenir dans toutes les wilayas. Les quatorze syndicats ont, en outre, décidé d’adresser un courrier au bureau de l’OIT, pour « se plaindre du non-respect des libertés en Algérie ». Dans son bras de fer avec le gouvernement s’est instauré un dialogue de sourds. Pendant que l’Intersyndicale demande d’ouvrir le dossier de l’avant-projet de loi portant Code du travail, les autorités expliquent que les partenaires sociaux ont été associés. Pour la loi sur la retraite révisée, que le conglomérat des syndicats demande de retirer, le gouvernement estime qu’il s’agit d’une donne imposée par l’amenuisement des ressources de la CNAS. C’est dire que les chances de voir les deux parties trouver un terrain d’entente s’éloignent de plus en plus. A ces secteurs sensibles s’ajoutent des grèves et des actions de protestation organisées et d’autres avortées que l’on recense au quotidien, notamment les retraités de l’ANP empêchés, avant-hier, d’atteindre la capitale ou encore les militants du Syndicat autonome des travailleurs de la Sonelgaz, Snateg, contenus alors qu’ils tentaient d’organiser un sit-in devant la Grande-Poste à Alger. A ce rythme sur le plan social, le gouvernement risque d’être confronté à une véritable grogne généralisée à laquelle il devrait privilégier les voies de dialogue, faire œuvre de pédagogie et d’explication, mais aussi de prise en charge effective des revendications dans la mesure de ce que permet la situation économique du pays.