Très attendue, la conférence de presse du secrétaire général du RND aura été pleine de clarifications, de mises au point, mais aussi d’esquives.

Pendant 1 heure 25 minutes, Ahmed Ouyahia, qui excelle dans l’art de la rhétorique, a tenu tête aux nombreux journalistes venus lui répéter presque les mêmes questions, en tentant, vainement d’arracher de sa part quelques déclarations qui sortent de ce qui a toujours été son leitmotiv.
Il n’en fut rien. Sauf, peut-être, la phrase lâchée à l’encontre de Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie. Arrivé, pile à l’heure de la conférence de presse et abordant son sourire légendaire, Ahmed Ouyahia s’est livré directement aux questions des journalistes. Et la première fut, en toute logique, celle relative à la directive présidentielle concernant la privatisation des entreprises. Aucunement perturbé, le patron du RND, et non moins Premier ministre, s’étalera longuement sur le processus de privatisation et les lois le régissant, depuis la première loi datant de 1995, en passant par celle de 2001, du temps du ministre Abdelhamid Temmar, qui évoquait une privatisation à 100%, jusqu’à la loi de finances complémentaire de 2009 qui a introduit la règle de 51/49% pour les investisseurs étrangers, et 66/34% pour ce qui concerne les investisseurs nationaux, en passant par la loi de finances 2016 qui a introduit le principe de prise de participation dans le capital des entreprises publiques. Mais, avant cela, Ahmed Ouyahia rappellera que la charte pour le partenariat public-privé était le fruit d’un travail entamé bien avant. « Le sujet a été débattu en 2016, lors de la tripartite tenue à Annaba. Le gouvernement avait, alors, entamé la préparation d’un projet de loi encadrant ce partenariat. Quand je suis arrivé au gouvernement, nous avons étudié le dossier avec les partenaires et nous nous sommes dits que nous n’avions pas besoin d’une loi. Parce que, s’agissant de la privatisation, il existe une loi qui l’encadre. S’il s’agit d’un co-investissement, une loi existe. Mais, il fallait trouver une issue à ce dossier pour lui donner son cachet politique ». Pour lui, « la charte est un document de référence. Mais les affaires de l’Etat fonctionnent avec des lois. » Le patron du RND est formel : « Tout dossier de privatisation ou de prise de participation est soumis au Conseil des ministres. En second lieu, chaque opération prise à part passe par un appel à manifestation d’intérêt. Plusieurs parties publiques font leur étude et leur évaluation, suivie d’un débat avec le président du groupe, ensuite sera soumis au conseil de participation de l’Etat qui regroupe 14 ministres, avant d’être soumis au Président de la République. » Cela pour le cheminement des dossiers de privatisation ou de participation. Plus précis, Ouyahia rétorquera à ceux qui parlent de bradage du tissu industriel et des entreprises stratégiques qui risquaient d’en faire les frais. Pour lui, il y en a qui en font une affaire politique, alors que d’autres l’évoquent d’un point de vue social. Mais, dans les faits, seuls deux projets sont soumis à la privatisation pour le moment et il les citera : une usine de jus, à Taher, dans la wilaya de Jijel, fermée depuis 2014 et qui intéresse des investisseurs privés, et un abattoir industriel à Hassi Bahbah, dans la wilaya de Djelfa, et qui est fermé depuis 2014, et qui intéresse, lui aussi des investisseurs privés. Pour le patron du RND, la privatisation, telle que présentée à l’opinion publique, n’intéresse pas grand monde, en raison du fait que l’investisseur doit prendre en charge le maintien du personnel, l’apurement des dettes. Pour lui, aucun gouvernement n’a présenté une usine en bonne santé.

 

«Nous avons créé un conflit sans contenu politique»
Mais, au-delà de ces considérations, Ahmed Ouyahia accuse certaines parties dans la scène politique nationale, sans les nommer, d’avoir voulu faire de ce dossier, le sujet de l’année 2018. « Nous avons créé un conflit sans contenu politique », dira-t-il. C’est dans cet esprit qu’il estime que la directive présidentielle est venue à point nommé pour calmer les esprits, prenant comme preuve la fameuse dépêche de l’APS citant « une source autorisée », qui selon lui, nie toute remise en cause du processus enclenché. « Maintenant, on est tranquille ». Acculé par les questions des journalistes, Ahmed Ouyahia dira : « Laissons la marmite se refroidir. » Même si, au fond, le patron du RND pense que la situation des entreprises publiques fermées, déficitaires ou mal en point, mérite d’être prise en charge et que l’Etat devrait se consacrer aux grands chantiers que sont l’éducation, la santé et le logement.
S’adressant aux « gens de sa génération », il rappellera qu’«il n’existe plus de charte nationale, ni de socialisme. On dit non, pour le principe », avant de leur poser la question: quelle alternative? Pour lui, le partenariat public-privé continuera et « je ne vois pas pourquoi il s’arrêtera ».

 

Enterrer la hache de guerre avec le FLN
Au sujet de la « tripartite-bis » organisée par le FLN, Ahmed Ouyahia dira que « les duels sont finis, les élections sont passées. Le match est fini. » Voulant enterrer la hache de guerre, il dira que son parti a fermé ce livre et a même indiqué qu’il a donné des instructions aux cadres du parti et à son porte-parole afin de ne pas attaquer ou contre-attaquer le FLN, qui demeure, selon lui, « un allié stratégique en ce qui concerne les intérêts suprêmes de l’Algérie ». Quant aux attaques le ciblant personnellement, Ahmed Ouyahia rétorquera ironiquement qu’il a l’habitude de ces attaques : « J’ai pu développer des écailles comme un crocodile. » Même lorsqu’il s’agit du comité de suivi du travail du gouvernement initié par le FLN, Ahmed Ouyahia se contentera de dire : « C’est son affaire. Je n’ai pas de commentaire à faire. » Tout en reconnaissant que la pression est une chose normale dans le travail d’un Premier ministre, « il viendra le jour où il partira ». S’il dit comprendre que l’opposition le fasse, il ne comprend pas, pour autant, que les alliés le fassent : « On perd du temps pour rien. Ce n’est pas le Premier ministre, sous pression, qui est perdant, mais le pays. »

 

Chakib Khelil, un ingrat
Ce n’est pas le même ton qu’il utilisera lorsque la question sur les attaques de Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie, fut posée. En effet, le patron du RND dira que les 40 millions de citoyens ont le droit de s’exprimer et qu’à ce titre, il ne répondra pas au citoyen Chakib Khelil, avant de rappeler que « Dieu seul sait combien je l’ai défendu » au moment de l’éclatement de l’affaire Sonatrach, pour, enfin lâcher une boutade lourde de sens, en invoquant le refrain de Hadj Mrizek : « Sir ya naker lahsane», traitant l’ancien ministre d’ingrat. « Je ne me présenterai jamais contre le Président Bouteflika »
Répondant à une question relative à une lutte de clans au sein du pouvoir, Ahmed Ouyahia fait le distinguo entre le pouvoir officiel en place et qui dispose de ses mécanismes propres, rappelant que le Président Bouteflika a, de tous les temps, fermé des portes de ce genre, à l’image du fameux « cabinet noir» et insistant sur le fait qu’il n’existe aucun conflit au sein de l’Exécutif, sachant que le Président peut désigner et démettre le Premier ministre. Toutefois, Ouyahia concèdera que, dans la galère politique de la majorité, c’est normal qu’il existe des conflits. Le SG du RND saisira l’occasion pour rappeler, encore une fois, qu’il ne se présentera jamais contre le Président Bouteflika, et qu’il soutiendra ce dernier s’il viendrait à briguer un cinquième mandat. Il évoquera également le maintien de l’interdiction des marches à Alger, estimant que « tant que nous ne savons pas marcher en paix, ça restera interdit » tout en déclarant son opposition à «l’anarchie ». Le patron du RND évoquera également le front social, en tenant à rendre hommage aux policiers et gendarmes victimes, tous les jours, de violences et accuse des parties, non identifiées, de vouloir pourrir la situation en s’embarquant dans la contestation sociale. Même s’il refuse de commenter les négociations en cours des médecins résidents avec leur tutelle, il rappelle que la loi de finances 2018 ne comporte pas de taxes supplémentaires, préférant parler, dans le détail, sur les subventions allouées par l’Etat au carburant. Le marché pétrolier reste volatile
Concernant les propos du ministre des Finances au sujet d’un baril à 70 dollars, Ahmed Ouyahia demeure sceptique, estimant que le déficit demeurera, au moins pour les cinq années à venir, tout en faisant remarquer que le marché pétrolier reste volatile. Ahmed Ouyahia reviendra également sur ses récentes déclarations au sujet de la drogue marocaine. « Ce n’est pas mon commentaire. C’est une chose qu’on voit tous les jours. D’où vient le haschisch? On n’a pas besoin du secrétaire général du RND pour le dire. Il ne vient pas d’Afghanistan. » Il reconnaît que l’Etat algérien doit faire davantage pour lutter contre ce trafic et affirme qu’en tant que SG du RND, il plaide pour l’application de la peine de mort pour les trafiquants de drogue.