Alors que l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) fait état jeudi, 18 janvier, d’un rééquilibrage du marché, l’offre pétrolière américaine reprend des forces. L’organisation est mal à l’aise avec cela. L’Opep qui bataillait pour un rééquilibrage du marché se trouve ainsi confronté au brut américain, un réel casse-tête venu brouiller les cartes d’une Opep plutôt sereine.

La cohésion dont elle fait montre n’en finit pas de « plaire » à ses membres et à ses alliés. L’Opep et ses partenaires dont la Russie sont tenus jusqu’à la fin de l’année par un accord de réduction de leur production visant à rééquilibrer l’offre et la demande mondiale et à faire remonter les prix. Ces derniers se sont effectivement affermis, le baril de Brent de la mer du Nord passant récemment la barre des 70 dollars. Les 14 pays de cette organisation ont pompé un total de 32,42 millions de barils par jour (mb/j) en décembre, soit une petite augmentation de 42 000 barils par jour par rapport à novembre. Mais si les pays de l’Opep et ses partenaires restent relativement disciplinés afin de limiter leur production, d’autres pays pompent sans entrave, à commencer par les Etats-Unis, qui ont connu une véritable explosion de l’exploitation des pétroles non-conventionnels. L’organisation a d’ailleurs revu à la hausse la croissance de l’offre non-Opep pour 2018, croissance qui devrait atteindre 1,15 mb/j (contre une croissance de 0,99 mb/j attendue le mois dernier) pour atteindre une offre totale moyenne de 58,94 mb/j. Cela essentiellement en raison d’une production qui devrait être plus vigoureuse que prévu jusqu’à maintenant pour les Etats-Unis et le Canada. Et les chiffres fournis par l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) donnent le vertige. Elle a prévu jeudi une production pétrolière record aux Etats-Unis cette année qui sera soutenue par la hausse prévue des extractions de brut au Texas et au Golfe du Mexique. En 2018, la production américaine devrait s’établir à 10,3 millions de barils/jour (mbj), en hausse de 10% par rapport à 2017, et devrait dépasser le record de 9,6 mbj atteint en 1970. Si cette prévision se concrétise, la production de brut des Etats-Unis devrait alors atteindre un plus haut jamais enregistré, tirée par la hausse des extractions dans le Golfe du Mexique, où sept projets pétroliers seraient mis en service avant fin 2019. L’offre américaine sera soutenue par la progression de la production dans le bassin Permian au Texas, deuxième plus grand gisement pétrolier au monde, et aussi au Nouveau-Mexique qui va fortement contribuer à cette croissance. Pour 2019, l’agence anticipe le maintien de cette tendance haussière, l’offre américaine devrait atteindre un autre record de 10,8 mbj. La progression devrait être enregistrée dans le sillage d’une hausse généralisée de la production des énergies fossiles aux Etats-Unis, prévu également pour le gaz et le charbon. La croissance vigoureuse de l’offre américaine inquiète l’Opep qui dans son rapport publié également jeudi à Vienne constate que le redressement des prix pourrait inciter les producteurs américains à inonder le marché à nouveau. La croissance de la demande mondiale pour 2018 devrait pour sa part atteindre 1,53 million de barils par jour (mb/j), une prévision légèrement relevée par rapport au mois dernier, pour atteindre une demande de 98,51 mb/j.