Le débat sur l’amazighité dans notre pays avance et prend diverses formes. Jeudi dernier, le chef du RND et Premier ministre Ahmed Ouyahia a choisi celui de l’histoire algérienne contemporaine pour considérer que la répression qui s’est abattue contre les militants des libertés fondamentales et pour la reconnaissance de la dimension berbère de l’Algérie était une «erreur politique ».

Trente-huit ans après le «printemps berbère », les propos de M. Ouyahia peuvent tout au plus faire hausser les épaules à certains, ils sont pourtant manifestement systématiques d’un tournant historique que notre pays vit actuellement en matière de reconnaissance et de réappropriation d’une partie importante de son identité. Et ce n’est sans doute pas à tort ni par calcul politique que le Premier ministre, qui s’est exprimé jeudi dernier sous la casquette d’un chef de parti, le sien, a déclaré que le président de la République a libéré l’Algérie de « ses malentendus et ses hésitations». Le processus a commencé en 2002 avec la reconnaissance de Tamazight comme langue nationale pour aboutir dans son versant constitutionnel par sa consécration comme langue officielle de l’Etat et de la République à la faveur de la Constitution de février 2016. Des observateurs y ont perçu un processus long et lent, c’est sans compter des « malentendus » dont parle Ahmed Ouyahia et de ce qu’il faut bien appeler des résistances, voire une hostilité à la reconnaissance rejetée ou mal comprise de courants importants de la société, le plus souvent animés des clichés de machine à café ou, plus sombrement, par une pensée idéologique qui considère l’identité comme un terrain d’affrontement et non de convergence, comme une diversion et non comme un rassemblement des formes diverses et enrichissantes du génie national algérien. Ce rappel indique combien le chemin reste long à parcourir pour aboutir à une pratique généralisée et sereine de la langue et combien la responsabilité du Haut-commissariat à l’Amazighité (HCA) pour ne citer que cette institution de l’Etat est engagée en ce qui concerne la mise en place des moyens devant mener à cet objectif. Jeudi dernier à Touggourt, son secrétaire général, Si El Hachemi Assad, a eu raison ainsi de déclarer que « la promotion de l’amazighité est une question qui concerne toutes les régions du pays, au regard de sa dimension nationale». Si ce discours doit être souvent pratiqué, il doit être assumé sur le plan pratique par la mise en place prochainement annoncée d’une académie de la langue après l’adoption d’une loi organique concernant sa création et, plus généralement, le dispositif devant normaliser et perfectionner la langue amazighe. Un vaste chantier qui devrait impliquer l’université et les laboratoires de recherche existants. Qui n’est, politiquement, pas sans embûches. Pour preuve, le premier communiqué officiel en tamazight rédigé par le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, à la veille de la célébration de Yennayer, a suscité la controverse sur le réseau social facebook. Le document rédigé en caractères latin et tifinagh, a porté sur la prochaine saison du Hadj. Contre toute attente, il a suscité le courroux de berbérophones qui ont affirmé ne pas se reconnaitre dans la langue utilisée dans le communiqué. « C’est du kabyle, c’est pas du tamazight », ont réagi certains en appelant à ce que de tels communiqués soient également rédigés dans les autres variantes ou variétés de la langue berbère : le kabyle, le chaoui, le touareg et le mozabite. On ne sait pas ce qu’en pense le secrétaire général du HCA, mais le professeur en linguistique et en traductologie, Abderrazak Dourari, a déjà prévenu lors de ces récentes interventions médiatiques que le mieux actuellement, en attendant que le travail de standardisation s’effectue, est d’utiliser les différentes variantes pour « toucher la plus grande partie de la population berbérophone ». Tamazight est «une langue qui ne s’est jamais occupée du domaine formel et manque encore d’une conceptualisation» à laquelle il faut œuvrer, a estimé M. Dourari.