L’ancien sélectionneur national de handball et ancien DTN, Mohamed-Aziz Derouaz, a bien voulu répondre aux questions de Reporters à la veille du 23e Championnat d’Afrique des nations de la petite balle (CAN-2018). Une compétition abritée par Libreville (Gabon) du 17 au 27 du mois en cours.

Dans cet entretien, l’inventeur de la défense avancée parle du retard de la préparation de l’EN algérienne et de ses chances dans ces joutes. L’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports évoque également la situation critique que traverse la discipline tout en proposant l’organisation d’Assises nationales pour la faire sortir de la situation catastrophique qu’elle traverse.

 

Reporters : Régulièrement invité à la CAN en tant qu’expert, on remarque votre absence au Gabon. Comment expliquez-vous cela ?
Aziz Derouaz : Je n’ai plus ce genre d’invitations du fait que la Confédération africaine suit la démarche de la Fédération internationale où je suis considéré en marge du handball international. Par la volonté du président de la Fédération internationale (IHF), Hassan Mustapha. Si j’assiste à ces joutes, ça ne serait que par ma propre volonté et donc sur mes propres frais. De plus, et comme au niveau de la Fédération algérienne même, je n’ai plus aucune relation officielle ni officieuse, je me contenterai donc de regarder cette CAN à la télévision tout en restant un supporter acharné de notre sélection nationale.

Pour le président de la Fédération internationale, il est de notoriété publique qu’il ne vous porte pas dans son coeur, mais pourquoi même à la FAHB êtes-vous marginalisé ?
Il se trouve que le président actuel est illégitime. Il est l’instrument du président de la Fédération internationale pour cette machination. Déjà, en 2009, il m’a empêché d’être candidat à la présidence de l’IHF. Il a ensuite donné prétexte au président de l’IHF d’annuler l’élection de la FAHB en 2013, date à laquelle j’ai été élu président de cette instance. Il s’est, par la suite, imposé à la tête de la FAHB constituant un barrage permanent à la possibilité que je serve de nouveau le handball algérien. Cette stratégie a été payante pour le président de l’IHF puisqu’il vient d’être élu pour un 5e mandat. Il a réussi donc d’une pierre deux coups : m’éloigner du handball algérien en affaiblissant celui-ci.

Que pouvez-vous nous dire sur la situation du handball algérien qui a fortement régressé ces dernières années ?
Notre handball est bien malade et précisément depuis 15 ans où ce président illégitime assure l’essentiel des responsabilités…

Vous venez de qualifier le président de la FAHB d’illégitime pour la deuxième fois, pourquoi ?
Pour la simple raison qu’il ne remplit pas les critères dans la mesure où il n’est pas membre de l’AG de la FAHB. Il est, en fait, qu’en qualité d’observateur de l’exécutif de la Confédération africaine. Et comme c’est bien écrit dans les textes algériens, il est à titre « consultatif », il n’est donc ni électeur, ni éligible.
En mettant entre parenthèse les trois dernières années de M. Bouamra, c’est un cumul de gestion catastrophique et de conséquences qui font boule de neige. Pour illustrer ça, il faut se rappeler qu’entre 2009 et 2013, il était SG de la FAHB, mais en vérité, lui, dirigeait la fédération et c’est durant cette période que le championnat d’Algérie a été boycotté par les principaux clubs durant 2 ans !

Quel commentaire faites-vous sur cette hibernation de la sélection algérienne (seniors) avant la nomination du nouveau staff technique du Sept national ?
Cette situation incombe au laisser aller du bureau fédéral actuel. La parenthèse Hassenafendic est la démonstration de la déliquescence de la gestion des affaires du handball algérien. En effet, la FAHB a fait diriger l’EN lors du tournoi en Tunisie par un étranger sans contrat officiel lui permettant même d’animer une conférence de presse en Tunisie en qualité de sélectionneur de l’Algérie. C’est du jamais vu dans les annales du sport mondial !

Que pensez-vous du duo constituant le staff technique du sept national Hiouani-Zino ?
Je n’aime pas trop commenter ce qui touche aux entraîneurs dans la mesure où il y a des règles déontologiques à respecter. Je suis un coach de handball et je ne ferai donc pas de commentaire, seulement je retiens comme point positif le retour de Zino au service du handball algérien.

Est-il logique de viser le carré d’as avec une équipe n’ayant que 32 jours de préparation après 19 mois d’hibernation ?
Il est évident que les conditions de préparation de l’EN lui ôte la majorité de ses chances d’obtenir le résultat souhaité par le public sportif algérien. Cependant, si on connait ses problèmes, on ne connait pas la situation des autres équipes qui participent à cette CAN excepté la Tunisie qui est diminuée de 5 de ses joueurs titulaires blessés. On n’a donc pas d’idée précise sur nos concurrents de la poule. Mais, ce qu’on peut affirmer, c’est que la FAHB n’a rien fait pour que l’EN soit à la hauteur des attentes de la population algérienne.

Comment entrevoyez-vous ce premier match contre le Cameroun ?
Ce match fait peur dès lors qu’une défaite aussi large contre le Qatar lors du dernier tournoi est une première dans les annales. De plus, la défaite contre l’Iran, une sélection qui n’a vraiment pas le statut de celui de l’Algérie, illustre la situation de notre handball.
D’ailleurs, ce premier match me fait peur aussi parce qu’il se jouera à 11 heures du matin. Ce sont des conditions qui ne semblent pas avoir été prises en compte par les responsables de la FAHB avec un voyage à seulement 36 heures de la rencontre. Pourtant, tout pouvait être mis en œuvre pour permettre la récupération d’un tel voyage et la préparation de ce match à une heure inhabituelle. De plus, les Camerounais, ayant conscience des difficultés du Sept national, vont certainement jouer surmotivés avec une agressivité probablement excessive et dangereuse.

Quel serait le parcours idéal et qu’est-ce qui pourrait combler le déficit de préparation ?
Certains de nos jeunes joueurs sur lesquels repose la responsabilité de la conduite de l’attaque de l’équipe peuvent avoir des problèmes avec cette agressivité. Je suis donc bien inquiet pour ce match. Mais en même temps, si notre sélection parviendrait à le gagner ça sera l’essentiel qui sera fait pour la qualification au 2e tour. Il faut aussi prendre en compte le fait qu’il faut terminer dans un bon classement pour jouer un quart de finale relativement facile et abordable.

A votre avis, l’Egypte et la Tunisie seront toujours les éternels favoris ?
L’Egypte est le pays favori d’autant que la Tunisie souffre de l’absence de plusieurs de ses joueurs titulaires blessés. Il faut aussi s’attendre à un autre concurrent, à savoir l’Angola. C’est la seule équipe du sud de l’Afrique qui a accompli de vrais progrès et c’est ce qui lui permet d’avoir des ambitions pour un meilleur classement que celui de l’édition précédente où elle a terminé à la 3e place à nos dépens.

Avez-vous quelque chose à ajouter à propos de cette CAN 2018 ?
Je suis content de la sélection du jeune Ahmed Boussaid, lequel a les capacités de transformer positivement et valablement l’attaque de notre EN. Si c’est le cas, l’équipe pourrait avoir de bonnes ambitions.
D’un autre côté, j’ai peur que la défense ne soit pas à la hauteur des exigences pour un bon résultat d’autant plus que Rahim sera absent et le staff n’a pas fait appel à un Sassi Boultif qui aurait pu être cet élément qui donne à la défense l’équilibre dont elle a besoin.

Selon vous que faut-il faire pour redresser la situation désastreuse de la discipline dans notre pays ?
Il faut une véritable révolution qui doit provenir de la prise de conscience générale des acteurs du handball algérien. Il faut aussi que les 2/3 des membres de l’AG demandent une assemblée générale extraordinaire pour remettre de l’ordre dans la maison. De plus, l’organisation de véritables Assises du handball algérien est plus que nécessaire. Cela permettra de définir une véritable stratégie de redressement et de développement.