Le mouvement des médecins résidents en grève depuis deux mois ne s’arrêtera pas tant que leurs revendications ne sont pas prises en charge par le gouvernement.

Surtout pas maintenant où un large élan de solidarité s’est constitué autour de leur cause après la violente répression du rassemblement organisé le 3 janvier au CHU Mustapha-Pacha d’Alger.
Pour afficher cette détermination, les blouses blanches marcheront demain à Oran à l’appel du Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra). «Une action nationale à laquelle sont appelés à participer l’ensemble des résidents à travers les quatre coins du pays», affirme Dr Mohamed Taileb, délégué du collectif.
La marche sera précédée d’un sit-in à l’intérieur du Centre hospitalo-universitaire d’Oran avant de se diriger vers le siège de la wilaya, selon le programme initial retenu jusqu’à hier, «car des changements de dernière minute peuvent surgir».
Le choix de la wilaya d’Oran pour organiser une grandiose action est dicté par l’interdiction d’organiser toute action de rue dans la capitale Alger.
Néanmoins, ce ne sera pas la dernière action de rue, puisque le Camra est décidé à mettre plus de pression sur le gouvernement jusqu’à la «prise en charge effective» des doléances.
«Nous organiserons d’autres marches à travers les wilayas et nous continuerons de faire pression car il est bien évident que les négociations avec le ministère de la Santé n’aboutiront pas», insiste Dr Taïleb, expliquant que «le Camra ne fera pas machine arrière». «Maintenant qu’on a été tabassés, agressés et violentés, il n’est pas question de reculer ni de reprendre le travail. Bien au contraire, nous adopterons d’autres méthodes de protestation», soutient-il.

Dialogue de sourds
Après donc deux mois de grève entamée de manière cyclique puis illimitée, le mouvement des médecins résidents tourne concrètement au pourrissement. Les réponses du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière n’ont pas convaincu les grévistes qui y voient une fuite en avant qui ne réglera pas la situation sur le terrain. Pour notre interlocuteur d’ailleurs, «le ministère de la Santé fuit ses responsabilités». Les résidents reprochent au département de Mokhtar Hasbellaoui le fait d’avoir entretenu l’espoir d’une prise en charge des revendications dès la première rencontre, avant de découvrir que ce n’était qu’un leurre. «Le ministre avait pris l’engagement de trouver des solutions à nos problèmes avec les départements ministériels concernés.
En fin de compte, il est venu nous dire que plusieurs points ne relevaient simplement pas de ses prérogatives», a regretté le délégué du Camra. Cependant, le ministère de tutelle ne voit pas les choses de cette façon, estimant avoir répondu aux principales revendications.
Ainsi, pour les œuvres sociales, «après expertise juridique, nous avons confirmé aux médecins-résidents leur droit légal à en bénéficier», a déclaré Slim Belkessam, conseiller du ministre de la Santé, ajoutant qu’au titre du service national, M. Hasbellaoui a clairement expliqué que «cela ne relève pas de ses compétences». La troisième revendication et néanmoins la plus importante concerne la demande d’aménagement du service civil pour laquelle le même responsable assurait que le ministère de la Santé a signifié son «accord».

En attendant Ouyahia…
C’est dire que l’on est devant une situation de négociation sans aucune issue. Un dialogue de sourds qui ne dit pas son nom, mais qui n’a pas pourtant fait réagir le gouvernement au plus haut de l’échèle.
L’on parle surtout du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui observe jusque-là le silence, sachant que son ministre en charge du secteur de la Santé et celui en charge de l’Enseignement supérieur n’ont pas réglé le problème. Une demande d’audience a été déposée au bureau du chef de l’Exécutif par le Camra, «mais jusqu’à maintenant, aucune réponse ne nous a été transmise», dira Dr Taïleb qui croit dur comme fer que seule une intervention «d’en-haut» peut venir à bout de cette crise ouverte qui pénalise et les patients et les médecins…