2018, qui commence dans quelques heures, aura la particularité d’être une année pré-électorale. De la présidentielle de 2019, il en sera donc beaucoup question durant les mois qui vont suivre.

L’échéance en question provoquera l’emballement politique classique ainsi que le rituel exercice des positionnements de précampagne sans compter les sempiternels scénarios sur qui sera ou ne sera pas candidat parmi les ténors du champ politique national. Rien que pour cela, la nouvelle année sera frappée du sceau de l’exception par rapport à celles qui ont précédé, car elle permettra d’avoir au moins un aperçu sur les prétentions et les ambitions qui s’exprimeront au printemps de l’année qui suivra.
De ce fait, il est d’ores et déjà clair que les moindres déclarations du président de la République seront minutieusement observées, sachant que l’éventualité ou pas d’un cinquième mandat alimente le débat depuis des mois déjà et a fait réagir des personnalités politiques de l’opposition – forcément hostiles à cette possibilité- alors que le chef de l’Etat ne s’est jamais exprimé sur le sujet. Sur cette ébullition annoncée, c’est le FLN qui a été le plus disert. Son inénarrable secrétaire général, Djamel Ould Abbès, ne rate pas une occasion, depuis les dernières élections communales et de wilaya, le 23 novembre 2017, d’évoquer la présidentielle de 2019. Il n’en loupe aucune pour affirmer que son parti aura un grand rôle à jouer en perspective de cette échéance. Ses propos sibyllins, ses pirouettes, ses piques, également, contre le RND, sont mêmes vus par certains observateurs comme un prélude à un affrontement entre son parti et celui d’Ahmed Ouyahia, auquel certains prêtent un « destin national » selon la formule consacrée pour désigner des ambitions «présidentielles». S’il est téméraire d’accorder pour l’instant un quelconque crédit à ce que dit M. Ould Abbès, sur la capacité de sa formation à peser de tout son poids sur l’élection présidentielle qui arrive à grand pas, voire sur le fait que le candidat « gagnant », selon sa formule, sortira du FLN, il est sûr que les partis de la majorité seront aux premières loges. Quel que soit le candidat qui estimera avoir des chances et la légitimité nécessaire pour briguer la magistrature suprême, il aura besoin du soutien des troupes des formations de la majorité pour bien mener sa campagne. C’est ainsi -depuis l’ouverture du pays à la démocratisation depuis 1988 – une séquence-clé dont on fêtera le trentième anniversaire en automne prochain déjà. C’est ainsi en raison de la simple réalité que ces partis dominent le jeu parlementaire et contrôlent le plus grand nombre de communes et de collectivités locales, là où se résout une partie importante de l’équation électorale présidentielle.
Un front social courtisé
Côté opposition, la période pré-électorale qui va vite s’ouvrir sera l’occasion, pour les forces qui la représentent, de procéder à la mise à jour de leurs programmes et de leurs positions sur l’ensemble des dossiers surtout politiques qui sont d’actualité, les questions économiques, même si on ne le dit pas, faisant généralement consensus quant à leur traitement et quant au fait qu’elles restent encore lourdement dépendantes de la rente pétrolière. Cela ne veut pas dire que ces questions ne seront pas abordées, bien au contraire, quand on sait qu’elles vont l’être dans un contexte socio-économique qui s’annonce parmi les plus difficiles jamais connus par l’Algérie depuis le début de la décennie 2000 : il y a presque vingt ans !
Ce contexte rappelle qu’un autre protagoniste va faire entendre sa voix : l’acteur social ! Les syndicats autonomes, puisqu’il s’agit d’eux, font déjà œuvre de « vigueur et de dynamisme », selon une déclaration récente à Reporters du sociologue et spécialiste des mouvements sociaux dans le pays, Nacer Djabi. A regarder leurs agendas respectifs, le mois de janvier sera très animé par des actions de protestation et de mobilisation dans des secteurs sensibles, comme la santé, l’éducation nationale, et qui ne manqueront pas d’avoir leur effet sur le champ politique.
Ces syndicats comptent se mobiliser pour le pouvoir d’achat, qui sera certainement impacté par la loi de finances 2018 et son contingent de prix à la hausse des produits de consommation. Ils annoncent des orientations qui vont, au passage, les faire courtiser par les forces politiques et se traduire, concrètement, par la création – chez les acteurs de l’Intersyndicale notamment- d’une confédération syndicale. Cette coalition syndicale est destinée à être davantage entendue par les pouvoirs publics et à s’imposer dans le champ de la concertation entre le gouvernement, les associations patronales et le syndicat UGTA, qui poursuit plus que jamais une politique « dialoguiste » qui lui permet de garder la main dans des secteurs stratégiques et où l’emploi est quasi protégé comme l’énergie (Sonatrach et Sonelgaz) mais qui semble en perte de vitesse dans d’autres secteurs impactés par la réalité économique du pays. L’annonce d’un partenariat public-privé pour les prochains mois dans les secteurs de la PME devrait faire bouger les lignes à ce niveau et amorcer des tendances peut-être favorables aux syndicats autonomes dans les segments d’activité des entreprises publiques « éligibles » à l’association avec le privé.